École, (rue de l'): Voici ce que nous en apprend Le Dit des Rues de Paris:
En après est, rue de l'École,
La demeure à dame Nicole;
En cette rue, ce me semble,
Vend-on foin et fouarre (paille).
Le vieux poète Rutebœuf nous a laissé de l'écolier d'alors un portrait pris sur le vif et curieux aujourd'hui encore à reproduire:
Quand il est à Paris venuz
Por faire à quoi il est tenuz
Et por (pour) mener honeste vie,
Si bestorne (renverse) la prophétie.
Gaing de soc et d'arérure (labourage)
Nos convertit en arméure (armure);
Por chacune rue regarde
Où voie la belle musarde;
Partout regarde, partout muse;
Ses argenz faut (gaspille) et sa robe uze:
Or est tout au recoumancier (recommencer).
Ne fait or bien ce semancier
En carême que l'on doit faire,
Chose qui à Dieu doive plaire.
En lieu de haires haubers vestent,
Et boivent tant qu'ils s'entêtent.
École Polytechnique: Cette École célèbre, fondée, en 1794, sous le titre de: École centrale des Travaux publics, parce qu'elle était destinée surtout à former des ingénieurs, prit le nom d'École Polytechnique que lui donna la loi du 1er septembre 1795, modifiant son organisation. Les savants les plus illustres de l'époque, Lagrange, Laplace, Berthollet, Fourcroy, Monge, etc., tinrent à honneur d'y professer. Les élèves se réunissaient dans les amphithéâtres du Palais-Bourbon; mais, après le décret du 16 juillet 1804, qui déclara qu'à l'avenir ils seraient casernés, l'École fut transférée sur la montagne Sainte-Geneviève, dans le local qu'elle occupe aujourd'hui.
L'admission a toujours lieu par voie de concours, et des examinateurs spéciaux en décident. La durée des cours est de deux ans, suivis de nouveaux et rigoureux examens. Les élèves s'ils n'ont pas échoué, en sortant fruits-secs, ont le droit de choisir, d'après le rang qu'ils occupent sur la liste dressée par le jury, le service public (ponts-et-chaussées, mines, artillerie, état-major, etc.) dans lequel ils veulent entrer. Aux derniers nécessairement les moins bonnes places: tardè venientibus ossa.
Deux-Écus (rue des): Guillot, en 1300, la nomme des Écus seulement. C'est là que naquit, il y a pas mal d'années déjà, certain auteur assez de nos amis, et qui, nous l'espérons, n'est point tout à fait indifférent au lecteur. Pas n'est besoin de dire son nom. Avoir son berceau rue des Deux-Écus, pour un poète ou un littérateur, cela ne vous semble-t-il pas un présage et un indice assuré de la vocation?
Elzevir (rue): Ce nom fut rendu célèbre par plusieurs imprimeurs du XVIe et du XVIIe siècle établis à Amsterdam et à Leyde, et dont les bibliophiles recherchent curieusement aujourd'hui encore les belles éditions comme d'autres amateurs font des tableaux, dessins, sculptures etc.
Enfants-Rouges (rue des): Ce nom lui vient d'un hôpital qui se trouvait rue Portefoin et s'appelait ainsi au XVIe siècle. Par lettres patentes du mois de janvier 1536, François Ier se déclare fondateur de cet hospice spécialement destiné à recevoir les enfants orphelins natifs de Paris. Il est ordonné par les mêmes lettres que ces enfants seront perpétuellement appelés Enfants-Dieu et qu'on les vêtira d'étoffe rouge, «pour marquer que c'est la charité qui les fait subsister.» C'est ce qui leur fit donner par le peuple, en dépit de l'ordonnance royale, le nom d'Enfants-Rouges.
Enfer (rue d'): Ce n'était au XIIIe siècle qu'un chemin nommé de Vanves et d'Issy parce qu'il conduisait à ces deux villages. On le désigna ensuite sous la dénomination de Vauvert, parce qu'il se dirigeait vers le château de ce nom que remplaça plus tard le couvent des Chartreux. Cette voie publique prit successivement le nom de Porte-Gibard, de rue Saint-Michel, et faubourg Saint-Michel. Enfin on l'appela rue d'Enfer parce qu'elle devint, dit M. L. Lazare, «un lieu de débauches et de voleries, un enfer pour les pauvres bourgeois qui se hasardaient le soir dans ce quartier perdu.»