D'après Sainte-Foix, le château de Vauvert, bâti par le roi Robert, fut abandonné par ses successeurs. «Le hasard voulut que des esprits ou revenants s'avisèrent de s'emparer de ce vieux château. On y entendait des hurlements affreux. On y voyait des spectres traînant des chaînes, et entre autres un monstre vert, avec une grande barbe blanche, moitié homme et moitié serpent, armé d'une grosse massue et qui semblait toujours prêt à s'élancer sur les passants. Que faire d'un pareil château? Les Chartreux le demandèrent à saint Louis; il le leur donna avec toutes les appartenances et dépendances. Les revenants n'y revinrent plus; le nom d'Enfer resta seulement à la rue, en mémoire de tout le tapage que les diables y avaient fait.»

Dans la rue d'Enfer, au nº 74, se trouve, comme on sait, l'hospice des Enfants-Trouvés, dit aujourd'hui des Enfants-Assistés.

Épée de Bois (rue de l'): Ce nom vient d'une enseigne.

Deux-Ermites (rue des): Ce nom vient également d'une enseigne.

Vieille-Estrapade (rue de la): Autrefois rue des Fossés Saint-Marcel, nom qu'elle échangea contre celui de l'Estrapade parce que c'était l'endroit où s'infligeait ce supplice alors en usage dans l'armée. Voici en quoi il consistait: On soulevait au moyen d'une poulie le condamné jusqu'à une certaine hauteur d'où on le laissait retomber violemment à terre, ce qui lui disloquait les bras d'habitude liés sur la poitrine. Ce supplice barbare, a disparu depuis longtemps du code militaire; n'eut-il pas mieux valu n'en point perpétuer le souvenir par le nom donné à cette rue?

Étienne du Mont (église Saint): Il existait une chapelle de ce nom dès les premières années du XIIIe siècle (1221). Elle fit place plus tard à la basilique actuelle, commencée sous François Ier (1517), mais terminée bien des années après, et remarquable par son jubé, le seul qui se voie à Paris. Le tombeau de sainte Geneviève, resté dans cette église bien que les reliques aient été transportées au Panthéon (Sainte-Geneviève), attire tous les ans un grand concours de pèlerins.

Sur les murailles des inscriptions rappellent que dans cette paroisse reposaient les corps de plusieurs hommes illustres dans les lettres, les sciences et les arts: Eustache Lesueur, B. Pascal, Racine et Tournefort. Des vitraux remarquables qui datent du XVIe siècle, et plusieurs beaux tableaux dont un signé Largillière, ornent l'église.

Étoile (rue et place de l'): Ce nom vient de la disposition de la place où les rues viennent aboutir comme autant de rayons. Au milieu du périmètre s'élève l'Arc de Triomphe de l'Étoile. Un décret du 18 juillet 1806 ordonna la construction de ce monument gigantesque à la gloire des armées françaises. Le premier architecte fut M. Chalgrin auquel succédèrent MM. Goust et Blouet; le monument, par suite des vicissitudes politiques, n'ayant pu être terminé qu'après bien des années, fut inauguré le 29 juillet 1836. D'un aspect vraiment imposant, l'Arc de Triomphe a inspiré à Victor Hugo plusieurs odes qui sont assurément de ses meilleures.

Vieilles-Étuves (rue des): Une rue des plus anciennes et autrefois des plus curieuses du vieux Paris. «En sortant de la rue du Chastiau-fêtu, (nom que portait la partie de la rue Saint-Honoré située entre la rue Tirechape et celle de l'Arbre-Sec), on entrait, dit M. L. Lazare, en tournant à droite, dans la rue des Vieilles-Étuves. Le matin, une heure après l'ouverture des boutiques, on entendait le barbier étuviste qui vous criait:

Seignor, quar vous allez baingner;
Et estuver sans dilayer (tarder);
Li bains sont chaut, c'est sans mentir[46]