La rue St-Martin a pris son nom de la grande abbaye à laquelle elle conduisait et du Saint qui est une des grandes gloires de l'église de France.
Martyrs (rue des): Elle doit son nom à une chapelle érigée à l'endroit où l'on croit que saint Denis et ses compagnons furent décapités.
Masséna (rue): Masséna, prince d'Essling, et maréchal de France, s'illustra pendant les guerres de la République et de l'Empire. On sait que le constant bonheur, qui l'accompagna sur tant de champs de bataille, lui avait fait donner par ses soldats le surnom envié de: l'Enfant chéri de la Victoire.
Massillon (rue): Ce prédicateur célèbre, né à Hyères en Provence (1663), mourut à Paris en 1742. Son Petit Carême est dans toutes les mains. On lui reproche d'être plus enclin à la sévérité qu'à l'indulgence malgré les fleurs dont il émaille volontiers son style. On cite de lui ce mot fameux, début de l'Oraison funèbre de Louis XIV: Dieu seul est grand, mes frères. Mais il s'élève à une bien autre éloquence dans cette page sublime à l'adresse des conquérants, exhumée récemment avec tant de bonheur et d'à-propos par M. de Beauchesne[55] et que Bossuet aurait signée des deux mains. Il faut ici se taire et admirer:
«Sire, si le poison de l'ambition gagne et infecte le cœur du prince; si le souverain, oubliant qu'il est le protecteur de la tranquillité publique, préfère sa propre gloire à l'amour et au salut de ses peuples; s'il aime mieux conquérir des provinces que régner sur les cœurs; s'il lui paraît plus glorieux d'être le destructeur de ses voisins que le père de son peuple; si le deuil et la désolation de ses sujets est le seul chant de joie qui accompagne ses victoires; s'il fait servir à lui seul une puissance qui ne lui est donnée que pour rendre heureux ceux qu'il gouverne; en un mot, s'il n'est roi que pour le malheur des hommes, et que, comme le roi de Babylone, il ne veuille élever la statue impie, l'idole de sa grandeur, que sur les larmes et les débris des peuples et des nations, grand Dieu! quel fléau pour la terre! quel présent faites-vous aux hommes dans votre colère, en leur donnant un tel maître! Sa gloire, Sire, sera toujours souillée de sang. Quelque insensé chantera peut-être ses victoires; mais les provinces, les villes, les campagnes en pleureront. On lui dressera des monuments superbes pour immortaliser ses conquêtes; mais les cendres encore fumantes de tant de villes autrefois florissantes; mais la désolation de tant de campagnes dépouillées de leur beauté; mais les ruines de tant de murs sous lesquels les citoyens paisibles ont été ensevelis; mais tant de calamités qui subsisteront après lui, seront des monuments lugubres qui immortaliseront sa folie et sa vanité. Il aura passé comme un torrent pour ravager, et non comme un fleuve majestueux pour y porter la joie et l'abondance; son nom sera écrit dans les annales de la postérité parmi les conquérants; mais il ne le sera pas parmi les bons rois; on ne se rappellera l'histoire de son règne que pour rappeler le souvenir des maux qu'il a faits aux hommes... Et tout cet amas de gloire ne sera plus à la fin qu'un monceau de boue, qui ne laissera après elle que l'infection et l'opprobre[56]».
Mathurins (rue des): Son nom lui vient d'une chapelle dédiée à St-Mathurin. Les religieux de la Trinité, dont les fondateurs furent Jean de Matha et Félix de Valois, et qui se dévouaient au rachat et à la rédemption des captifs, étant venus s'établir dans l'aumônerie dont la chapelle dépendait, ajoutèrent à leur nom celui de Mathurins. Rutebœuf, si malveillant dans son poème des Ordres de Paris, épargne cependant ces moines humbles autant que dévoués:
Ci gît le léal Mathurin,
Sans reproche bon serviteur,
Qui céans garda pain et vin,
Et fut des portes gouverneur.
Paniers ou hottes, par honneur,
Au marché volontiers portoit;
Fort diligent et bon sonneur;
Dieu pardon à l'âme lui soit.
Matignon (rue): Doit son nom à Jacques de Matignon, maréchal de France, qui l'habitait. «Mais je prévois, dit Sauval, qu'elle s'appellera bientôt la rue Maquignon, parce que le peuple commence déjà à prendre ce nom là pour l'autre comme lui étant plus connu, ce qui lui est ordinaire.»
Maubert (place): Altération du mot Aubert. C'était le nom du second abbé de Ste-Geneviève qui, au XIIe siècle, avait permis de construire des étaux de boucherie sur ce terrain compris dans la censive de l'abbaye.