—Sa Seigneurie réfléchira. Ce soir, à neuf heures, à la huerta
Moralès
. Silence et discrétion!

La huerta Moralès! Mais c'était dans ce jardin même que nos amis avaient été assassinés, il y avait à peine quinze jours!

Je revins sous la tente rendre compte à mes camarades de la conversation échangée avec la tapada, et notre avis unanime fut qu'il fallait prévenir notre général en chef.

Je me rendis au quartier, et je fis part au chef de l'armée américaine de la proposition qui m'avait été faite.

—Eh bien! my bloody Frenchman,—un terme d'amitié du général
Scott—avez-vous peur, hein!

—Peur! répondis-je en haussant les épaules, comme je l'avais fait à la tapada.

—Si vous voulez nous rendre un vrai service, vous irez à la casa Moralès. Soyez armé de deux revolvers et ne craignez rien. A peine serez-vous entré dans la huerta que vous serez protégé. Comment? Cela me regarde. Ce soir, nous aurons retrouvé les assassins de Thirtle et d'Andrès! Malheur à eux! je ferai un exemple terrible. Rentrez chez vous pour vous occuper de vos préparatifs. Surtout, pas un mot à vos amis. Vous leur direz que je vous ai défendu de sortir et que vous êtes aux arrêts. Dès que la nuit sera venue, vous revêtirez vos habits civils et vous vous envelopperez dans un manteau, puis vous vous dirigerez vers le rendez-vous donné.

—Il suffit, général; vos ordres seront exécutés de point en point. A la garde de Dieu!

—Et à la mienne!

Je pris congé et j'obéis ponctuellement aux injonctions de ce bon général, que j'aimais comme s'il eût été mon père.