Pour abréger ce récit, je dirai qu'à neuf heures précises je frappais discrètement à la porte de la huerta Moralès.

Deux secondes après, l'huis s'entr'ouvrait et je me trouvais en présence de la tapada.

Muy bien, senor, dit-elle. Silence! Suivez-moi!

Je la laissai fermer la porte au verrou, puis elle se dirigea vers une charmille de jasmins et de gardénias en fleurs, dont les émanations embaumaient l'atmosphère.

Sous cette charmille se trouvait assise une senora admirablement belle, qui m'adressa la parole dans un français plus ou moins compréhensible.

Je lui répondis avec la plus parfaite politesse, et je portai sa main à mes lèvres.

Au même instant, je vis se dresser à quatre mètres devant moi trois leperos armés de coutelas, qui se disposaient à me faire un mauvais parti.

Plus rapide que la pensée, mes mains s'étaient emparées des deux revolvers que je portais dans les poches de mon caban, et je fis feu résolument sur le premier des trois assassins, qui tomba sur le coup. Le second, atteint par une balle de mon arme, lâcha son couteau et prononça un caramba formidable en fuyant du côté de la Casa Moralès.

Quant au troisième, il s'avançait vers moi et allait se ruer en avant, lorsqu'un nouveau venu l'étreignit fortement par derrière, tandis qu'il me criait de ne pas tirer.

En effet, ce deus ex machina n'était rien autre qu'un colosse américain, appartenant à la maison du général Scott. Morse—tel était le nom de ce géant—était doué d'une force surhumaine. Par les ordres de son maître, il avait enrôlé deux autres camarades de l'armée connus par leur audace et leur amour des aventures, et ils avaient été envoyés sur mes pas, avec mission de ne pas me perdre de vue, de franchir la muraille de la huerta et de se rendre compte de ce qui allait s'y passer.