Peu à peu, cependant, la première invasion de ces chercheurs d'or, sans feu ni lien, fut suivie par la venue de gens plus respectables et plus soumis aux règlements de la société, qui venaient essayer de faire du commerce. Ces nouveaux arrivés comprirent qu'il fallait se ranger du côté de la loi, pour se débarrasser des criminels au milieu desquels ils se trouvaient.
Comme l'état de choses existant ne pouvait continuer, les hommes les plus sérieux et les plus hardis se réunirent pour faire respecter la loi, et l'opinion publique se montrant en faveur de cette résolution, il fut décidé que le vol et le meurtre seraient désormais punis avec autant de sévérité que dans les États policés de l'Union américaine.
Cette façon de procéder d'une société se faisant justice elle-même, au lieu et place des tribunaux constitués à cet effet, est connue aux États-Unis sous le nom de loi de Lynch, du nom d'un Américain nommé Lynch qui le premier, dans le pays des frontières, avait inauguré ce genre de punition contre les ennemis des gens honnêtes établis comme pionniers dans ces parages voisins des Peaux-Rouges.
Bien souvent la justice populaire s'était ruée sur des gens complètement innocents et reconnus comme tels après leur exécution sommaire; mais en Californie le cas n'était pas le même; on se trompait rarement et puis les juges appartenaient à la classe honnête de la population. C'étaient eux qui étaient les acteurs et ils agissaient en plein jour en donnant toute la publicité possible à la sentence irrévocable.
En Europe, nous nous targuons de respecter la loi, et, quelque horreur que nous éprouvions en présence d'une exécution, nous laissons la justice suivre son cours.
La raison en est que nous sommes persuadés que la justice sait et saura nous protéger et nous venger au besoin.
En Californie, ce n'était pas la même chose. Les gens honnêtes de ce pays étaient convaincus que la loi n'était pas assez puissante pour les protéger. Ils en étaient donc arrivés à cette conclusion qu'il fallait se défendre sérieusement contre tous ceux qui en voulaient à leur propriété et à leur vie; qu'il n'y avait aucune sécurité sans des exemples frappants et qu'il fallait terrifier les criminels.
Nous avons cru devoir expliquer la situation, pour atténuer quelque peu les horreurs de ces récits de jugements et d'exécutions sommaires de San-Francisco et du pays de l'or.
On n'oubliera pas non plus que ces juges «irréguliers» ne prononçaient leur sentence qu'après des débats sérieux, où la procédure était la même que dans les cours des autres pays civilisés: acte d'accusation fondé sur les évidences, liberté de défense de la part de l'inculpé, plaidoyer d'avocat, etc., etc., ainsi que cela se pratique d'ordinaire.
Quoi qu'il en soit, ces jugements prononcés au XIXe siècle, au milieu d'un État faisant partie de la grande République américaine, offraient un intérêt des plus curieux.