Dans le récit qui va suivre, les principaux acteurs se composaient de deux cents citoyens de San-Francisco qui s'étaient constitués en «comité de vigilance» dans le but avoué d'empêcher tout voleur, assassin ou incendiaire d'échapper à la punition méritée, soit par la faiblesse des juges réguliers, soit par le peu de solidité des prisons, l'insouciance et la corruption de la police, ou l'insuffisance des moyens de répression.

Le misérable qui fut reconnu coupable avait volé un coffre-fort rempli d'argent. On l'avait découvert au moment où il emportait la caisse de fer enveloppée dans un grand sac. Quand il s'était vu suivi, il avait sauté dans une embarcation en cherchant à s'éloigner à force de rames.

La personne lésée s'était aperçue du larcin et, immédiatement, avait couru à la poursuite de son détrousseur, suivie par un grand nombre de bateliers qui n'avaient pas tardé à rejoindre l'homme qui emportait le coffre-fort. Ce dernier, se voyant pris, avait jeté la preuve de conviction à la mer; mais tandis que quelques personnes s'emparaient du voleur, d'autres repêchaient la caisse de fer.

Ramené vers le rivage, le coupable fut remis aux mains des membres du conseil de vigilance, qui l'entraînèrent dans la salle de leurs délibérations. Il fut jugé par quatre-vingts membres présents, à huis clos, et, convaincu de vol, se vit condamné à être pendu, le soir même, à Portsmouth-Square.

Tandis que le tribunal était rassemblé, les habitants de San-Francisco s'étaient rassemblés autour de la maison qui servait de lieu du réunion, et la cloche de la remise pour la pompe d'incendie sonnait à pleine volée, afin d'apprendre à la ville ce qui se passait au sein du comité de vigilance.

La populace se montrant fort excitée, plus excitée que de coutume même; certains assistants reprochaient aux membres de ce tribunal, imposé de délibérer à huis clos; mais quand on annonça au public la sentence de mort décrétée contre le criminel, un sentiment de satisfaction générale éclata de toutes parts. Quelques personnes, cependant, exprimaient l'opinion que la mort était un peu sévère pour une pareille offense envers les lois de la société.

Dès que la sentence eut été signée, la cloche de la pompe à incendie ne cessa de sonner le glas de mort, pour annoncer la fin prochaine du condamné.

Le capitaine des hommes de police, nommé Benjamin May, se présenta à la porte de la salle d'audience et réclama le prisonnier qui, naturellement lui fut refusé. Quoiqu'il se fut fait accompagner par une escouade de policemen, il vit bien que ni lui ni ses gens ne réussiraient à s'emparer du coupable.

Il était une heure après midi, quand un nommé Samuel Bonneau se montra sur le seuil de la salle d'audience et vint annoncer la sentence rendue à l'unanimité contre le voleur, qui, malgré l'évidence, avait constamment nié sa culpabilité.

Le condamné se nommait John Jenkins, et était originaire de Londres. Samuel Bonneau ajouta qu'on lui avait donné une heure pour se réconcilier avec Dieu, et qu'à cet effet on avait mandé près de lui un ministre protestant du nom de James Innes.