Leurs habitations sont situées au milieu de cavernes creusées dans les rochers calcaires de leurs montagnes, au centre desquelles se trouvent des vallées profondes, à 400 pieds au-dessus du niveau de la mer.
Près de la frontière des Sakataves se trouve un joli petit lac de 1 mille environ de diamètre, dont les eaux dormantes s'échappent au sein d'un canal tortueux, sous le feuillage sombre de la forêt impénétrable.
Les Sakataves sont complètement nus; leurs relations avec les autres tribus sont assez guerrières, et leur seule religion est celle d'un culte abominable qu'ils rendent à un arbre déifié par eux qui, comme le Drosera rotundifolia—cette plante carnivore, si bien décrite par Darwin [1],—suinte un fluide visqueux qui l'aide à s'emparer de sa proie et possède des qualités enivrantes, dont les naturels se régalent avec avidité.
[Note 1: M. Darwin, le célèbre naturaliste, a dernièrement attiré l'attention du public sur quelques espèces de plantes carnivores, qui, saisissant les insectes et refermant sur eux leurs pétales, sucent tout leur sang et rejettent après leur cadavre desséché. Des morceaux de viande crue disparaissent avec la même rapidité dans la «bouche» de ces arbres fantastiques.]
Qu'on se figure une immense pomme de pin de 3 mètres de haut et d'une grosseur proportionnelle. Cette pomme de pin géante, qui est le tronc de l'arbre, est noire et d'une dureté pareille à un bloc de fer. A la cime de ce cône, qui a près de 50 à 60 centimètres de largeur, on aperçoit une dizaine de feuilles qui retombent molles et pliantes, à l'instar de celles d'un bananier, avec cette différence qu'elles sont nerveuses comme celles de l'agave et terminées par des pointes d'une acuité sans pareilles et creusés à l'intérieur.
Tout le bord de ces feuilles est armé de forts piquants; leur couleur est vert foncé, comme qui dirait l'écorce des lièges ou des troënes.
Si l'on se hisse sur un rocher ou sur les épaules d'un insulaire sakatave pour examiner cet arbre satanique, on aperçoit un cône rond, de couleur blanche et de forme creuse. Ce n'est point une fleur, mais bien une sorte d'entonnoir, de suçoir dans lequel est contenu un liquide visqueux et douceâtre dont les propriétés sont à la fois morphiques et intoxiennes.
Tout autour de ce récipient se hérissent des rejetons de feuilles, à l'état de scions, tortillés comme des serpents et remuant comme s'ils étaient animés. Leur largeur est d'environ 1m, 30, et rien n'est plus terrifiant que de voir le frétillement de ces plantes verdoyantes, qui produit une sorte de sifflement fait pour donner le frisson au plus courageux.
Un arbre pareil à celui-là, transplanté dans notre Jardin d'acclimatation de Paris, ferait la fortune de cette administration.
Je reviens aux Sakataves et à leur religion superstitieuse. Il y a dix ans, leur reine, veuve depuis huit mois et mère d'un grand et gros garçon, héritier de son père, mit au monde un second fils qui, d'après les lois de la tribu, devait succéder à son père. En Europe, c'est tout le contraire qui se passe; mais à Madagascar, les lois héréditaires ne suivent pas le même cours que chez nous. Lambo—c'était l'aîné de Ramatava, la reine-mère—devait mourir dès que son frère Horra viendrait prendre sa place.