Or, la reine adorait son fils aîné. Elle eut donné sa vie pour que son bien-aimé rejeton n'eût pas eu de frère; mais la nature ayant suivi son cours, Horra avait vu le jour.

Quel parti prendre? Le seul qui fut possible, quelque pénible qu'il fût: la fuite. Lambo dit adieu à sa mère, par une nuit sombre; et celle-ci, affolée, sans courage, vit s'éloigner son enfant adoré, qu'elle ne devait peut-être plus revoir.

Lambo s'enfonça dans les méandres de la montagne, à travers mille dangers plus terribles les uns que les autres, torrents à franchir, animaux féroces à défier; son but était d'atteindre les confins de la tribu des Howas et de se rendre au port de Tamatave où faisaient escale les navires venant du monde civilisé, à bord desquels il trouverait un passage.

Après quatre jours de marche, Lambo parvint en vue du port. Devant lui, au lieu de la montagne où la mer déferlait, il aperçut un millier de cases divisées en deux parties: le village Malgache sur le bord de l'Océan, et le village Howa placé derrière le fort.

De nombreux habitants recouverts de sambas et de sim'bous, sorte de toges romaines fabriquées avec des cotonnades du pays, circulaient devant les cases et se dirigeaient vers un grand hangar qui était le palais du souverain des Howas.

Les murs de cette grande case étaient formés de poteaux, reliés ensemble par les longues et fortes tiges du ravenala (l'arbre du voyageur) serrées les unes contre les autres, et la toiture consistait en feuilles du même arbre, tressées comme de la paille.

Le roi Radama venait d'être élu par ses sujets et donnait audience à son peuple.

Pourquoi ne demanderais-je pas asile à mon frère? se dit Lambo.

Et il alla droit au palais du souverain des Howas, lui raconta son histoire et le pria de le garder auprès de lui.

Non seulement le roi Radama accueillit avec bonté son égal, mais encore il lui donna un emploi supérieur à sa cour et lui fournit les moyens de vivre sur un grand pied dû à son rang.