Lambo se montra fort reconnaissant de l'accueil qui lui était fait et, voulant prouver cette gratitude, il se mit entièrement au service de Rosaherina.

La présence des Européens à la cour du grand chef de Tamatave lui fournit l'occasion de montrer son intelligence. C'est lui qui s'aboucha pendant plusieurs mois avec M. Dupré, envoyé par l'empereur Napoléon III, pour ratifier un traité de commerce et avec le capitaine Dupré, qui appuyait la volonté de la France à l'aide de la frégate Hermione et de l'aviso le Curieux. Il ne tint pas à Lambo de voir accepter les propositions de la France par son souverain, et si notre alliance ne fut point agréée, c'est à l'influence de l'Angleterre que cette déconvenue doit être attribuée.

Un matin, le roi Radama fut trouvé étranglé sur son lit. La reine Rosaherina, sa femme, n'aimait point Lambo, qui dut chercher de nouveau son salut dans la fuite.

Il s'éloigna donc dans le plus bref délai et au lieu de se recommander au capitaine Dupré, qui l'eût volontiers accueilli à son bord, il songea à revoir sa mère et son pays.

Une pareille résolution était de l'imprudence; mais l'amour de la patrie et de la famille l'emportait sur tous les raisonnements et Lambo s'en alla à travers monts et vallées dans la direction du territoire sakatave.

Un soir, à la tombée de la nuit, quatre ans après son départ, il parvenait à deux portées de fusil du palais maternel. Caché sous les arbres touffus d'une forêt voisine, il put voir Ramatava et son frère Horra se promener devant leur habitation pour respirer l'air parfumé. Quand l'ombre fut venue, il s'avança avec les plus grandes précautions vers la case royale, y entra et sauta au cou de celle qui lui avait donné le jour.

—Malheureux! s'écria la reine, mais c'est la mort que tu es venu chercher ici!

—Soit! mais au moins je t'aurai revu, mère; je gémissais loin de toi chez notre frère.

La pauvre mère eut beau supplier son fils de s'en aller de nouveau; celui-ci refusa.

—Mon intention n'est pas de m'emparer du trône qui est échu à mon frère d'après nos lois, mais j'entends vivre près de lui, de toi, et respirer l'air qu'ont humé mon père et tous les miens.