—Il blasphème!

—Je raisonne et je dis la vérité.

—Tu vas mourir: ta vie appartient à Tépé-Tépé.

Ce mot signifiait le nom de l'arbre anthropophage, aux étreintes duquel
Lambo allait être fatalement livré.

En vain Ramatava implora-t-elle ses ministres pour obtenir d'eux la vie de son enfant; ceux-ci refusèrent, croyant être agréables à leurs dieux; et l'on vit bientôt l'infortuné Lambo, les mains liées par des cordes de palmier, avancer, tout en résistant, au milieu d'une horde de sauvages: on l'entraînait vers l'endroit du pays où s'élevait le Tépé-Tépé.

Tout autour de lui, des femmes demi-nues, des Sakataves enivrés, affolés, poussaient des hurlements sinistres et chantaient des hymnes propitiatoires.

Leurs cris, leurs danses redoublaient autour du pauvre Lambo que l'on poussait des mains et que l'on piquait avec le fer des javelots pour le forcer à avancer.

Quand cette foule sauvage fut arrivée près du Tépé-Tépé, les bourreaux hissèrent Lambo sur le sommet de l'arbre et le forcèrent à s'asseoir sur le cône, au milieu des scions qui s'agitaient déjà autour de sa tête.

Le malheureux n'avait pas perdu son sang-froid: il voyait la mort arriver, mais son courage résistait aux premières étreintes.

La foule lui cria: Tick! ce qui voulait dire: Bois! et il prit dans sa main un peu de ce liquide étrange et sinistre, qu'il porta à ses lèvres.