Un moment après, il se relevait d'un bond. Son visage était transfiguré: on eût dit que la folie s'était emparée de ce jeune homme si calme d'ordinaire. A peine fut-il debout, les deux pieds dans le creux de l'arbre, qu'il se vit enlacer par les scions du Tépé-Tépé. Sa tête, son cou, ses bras furent serrés comme dans des étaux de fer; son corps fut de même enlacé par ces serpents végétaux.
C'était un nouveau Laocoon devenant la proie des boas qui vont le dévorer.
A ce moment suprême, les grandes feuilles du Tépé-Tépé se redressèrent lentement, comme les tentacules d'une énorme pieuvre; venant à l'aide des scions placés autour du coeur de l'arbre, elles étreignaient plus fortement la victime si odieusement sacrifiée. Ces grands leviers s'étaient rejoints et s'écrasaient l'un l'autre, et l'on vit bientôt suinter à leur base, par les interstices de l'horrible plante, des coulées d'un liquide visqueux; mêlé au sang et aux entrailles de la victime.
A la vue de cet odieux mélange, les sauvages Sakataves se précipitèrent sur l'arbre, l'escaladèrent en hurlant, et, à l'aide de noix de cocos, de leurs mains disposées en creux, recueillirent ce breuvage de l'enfer qu'ils buvaient avec délices.
Ce fut alors une épouvantable orgie, suivie de convulsions épileptiques, et enfin d'une insensibilité absolue.
Lorsque l'arbre anthropophage eut achevé son repas, quelques heures après le moment où la victime lui avait été livrée, il ne restait plus du corps de Lambo que des ossements broyés et des nerfs desséchés.
Les grandes feuilles s'étaient détendues, les scions voltigeaient toujours et le cône intérieur de l'arbre rejetait sa liqueur visqueuse, âcre et intoxicante.
La malheureuse mère de Lambo était folle, mais son fils Horra régnait sur les Sakataves.
La prairie en feu.
Ce qui suit est un souvenir de voyage au milieu des prairies indiennes.