Il nous fallait fuir: mais dans quelle direction? Quoi qu'il en fût, il était impossible de rester à l'endroit où nous nous trouvions. Un galop incessant pouvait seul nous arracher à l'invasion des flammes et à une mort épouvantable.
Nos montures semblaient deviner l'imminence du danger. Elles regardaient en hennissant les colonnes de fumée qui s'élevaient de toutes parts et tiraient sur la bride comme pour inviter leur maître à prendre un parti. Aussi, à peine eûmes-nous lâché les brides que les animaux s'élancèrent avec toute la vitesse dont ils étaient capables, comme s'ils eussent voulu devancer l'ouragan et laisser loin derrière eux le danger imminent. Ils emportaient leurs cavaliers dans une course effrénée, précédant toutes les bêtes fauves, les bisons et les chevaux mêlés les uns aux autres, harde innombrable dont la plaine était couverte aussi loin que la vue pouvait s'étendre.
Les pauvres égarés s'efforçaient de modérer leurs montures; mais ils avaient beau leur parler et caresser de la main leur fine encolure, l'animation de ces pauvres bêtes augmentait à chaque pas et leurs bonds devenaient de plus en plus impétueux.
A la fin, d'épais nuages de fumée, chassés par l'ouragan et s'enroulant les uns sur les autres en tourbillons épais et sinistres, vinrent se ranger au-dessus de nos têtes. L'obscurité augmentait comme lorsque la nuit couvre la terre et qu'il n'y a pas d'étoiles au ciel.
Tout à coup une lueur rougeâtre perça les ténèbres. Willie et moi, nous nous retournâmes comme d'un commun accord, et nous vîmes avec horreur les herbes prendre feu et projeter des flammes jusqu'à l'extrémité de la prairie. Nous nous crûmes entourés d'une ceinture de feu.
L'éclat intermittent de ce foyer éclairait, d'un reflet ardent et menaçant à la fois, la foule des animaux affolés de terreur et fuyant à perdre haleine.
Tout l'espace que Willie et moi nous avions laissé derrière nous paraissait animé; une trépidation semblable au sourd grondement du tonnerre frappait nos oreilles.
Nos braves coursiers réussirent—grâce à des efforts incroyables—à se tenir à distance du feu; c'est à peine si quelques-uns des hôtes les plus rapides du désert, cerfs, antilopes ou chevaux sauvages, purent nous atteindre et se maintenir à nos côtés pendant cette fuite désespérée.
Tout en galopant, nous voyions tomber tantôt un cheval, tantôt une gracieuse antilope; plus loin, un cerf ou un bison; mais les congénères de ces animaux s'enfuyaient sans songer à autre chose qu'à leur propre conservation, et ils abandonnaient les autres à leur malheureux sort.
Jusqu'alors les forces de nos montures n'avaient pas faibli. L'effroi et l'instinct de la conservation soutenaient leur ardeur et donnaient à leurs jarrets une souplesse extraordinaire. Cependant au bout d'un certain temps, Willie sentit les mouvements de sa monture devenir plus raides: sa respiration lui parut plus haletante, son galop plus allongé. Il était évident que les flammes se rapprochaient rapidement.