—Du courage! En avant! m'écriai-je, quand je m'aperçus qu'il n'était plus à ma droite.

Et mon camarade enfonça résolument ses éperons dans les flancs de son coursier.

Celui-ci s'enleva par un généreux effort, et nous reprîmes de conserve la direction d'un taillis, ou du moins de quelque chose qui ressemblait à un courant d'eau.

Mais cette ardeur ne dura pas. J'eus, à un moment donné, la douleur de voir le cheval monté par Willie s'abattre et tomber pour ne plus se relever.

La situation était perplexe. Je criai à mon pauvre camarade de monter en croupe avec moi et, quand cela fut fait, je pressai ma monture et nous gravîmes ainsi une sorte de colline qui se dressait devant nous.

O bonheur! Arrivés au sommet, nous aperçûmes à nos pieds, à quarante pas environ, dans le bas-fond, un marécage qui commençait sous un arbre d'une élévation colossale.

Nous mîmes aussitôt pied à terre, et mon ami, pendant que je maintenais mon cheval, s'élança sur l'arbre et découvrit un ruisseau qui jaillissait entre ses racines et allait en serpentant se perdre dans le palud.

La Providence avait guidé notre course vers cet endroit afin de nous délivrer du danger. Le courage de Willie et le mien revinrent à la fois.

Tandis que je traînais mon cheval vers le marécage, mon camarade d'infortune découvrait une anfractuosité de rocher qui pouvait nous servir d'abri: il m'appela et je le rejoignis, tandis que ma monture se vautrait dans une flaque d'eau bourbeuse, comme si elle eût voulu se préserver des atteintes du feu.

Cinq secondes après, nous étions blottis au fond de l'asile humide qui devait nous sauver la vie.