Il y a deux mois, le courrier de New-York m'a apporté une lettre dont le contenu m'eût étonné, s'il ne fût pas venu de l'autre côté de l'océan.
Voici ce qui se trouvait dans cette missive. Je copie textuellement:
Deux amateurs d'aérostation, MM. Fergus et Thompson, avaient fait construire un ballon énorme, dans le but de traverser les prairies et de se rendre sur les côtes du Pacifique. Munis de provisions de tout genre, bien lesté de toute façon, les deux amis—Arcades ambo—partirent le 9 août de Toronto (Canada), à quatre heures du soir, par un temps superbe.
Les voilà perdus dans l'espace éthéré; mais à la rapidité de leur course, ils comprirent bientôt que la zone atmosphérique dans laquelle ils se trouvaient était favorable à leur projet. Ils allaient, ils couraient, emportés par le courant, et la nuit se passa de la sorte. Quand parut le crépuscule, ils avaient traversé le lac Michigan vers la pointe qui borde Chicago et s'avançaient triomphalement du côté de Péoria.
Vers 10 heures du matin, ils avaient franchi 400 milles et le ballon ne paraissait pas avoir perdu rien de son volume ou de sa force.
Entre Burlington et Monti, MM. Fergus et Thompson aperçurent un village indien composé d'environ deux cents huttes, et, au moment où ils passaient au-dessus de cette tribu de Peaux-Rouges, quelques coups de rifle furent tirés en l'air par les guerriers qui paraissaient stupéfaits, et prenaient certainement l'aérostat pour un oiseau géant ou un monstre inconnu.
Les squaws et les enfants se serraient les uns contre les autres, manifestant la plus grande terreur.
Les deux aéronautes s'étaient empressés de jeter du lest, et ils disparurent bientôt à travers les nuages, car la journée était brumeuse et la pluie tombait au-dessous d'eux.
Vers trois heures de l'après-midi, les deux hardis aventuriers se trouvaient par le travers d'un canon, sorte d'entonnoir formé par des montagnes, quand le vent s'éleva assez furieux, de telle sorte que le ballon était fort agité et tourbillonnait sur lui-même.
MM. Fergus et Thompson songèrent à atterrir, mais ce n'était pas chose facile. Au moment où ils décrochaient l'ancre appendue à la nacelle, de façon à pouvoir saisir une roche qui retiendrait le colosse, quelle ne fut pas la terreur de ces deux amis en apercevant deux ours grizzly qui, se dressant sur leur train de derrière, faisaient entendre des rugissements vraiment terribles. Sans prononcer une parole, sans s'être même consultés, les deux aventuriers sautèrent sur leurs carabines et deux détonations se firent entendre, qui couchèrent par terre le plus gros de ces deux animaux, tandis que l'autre, qui s'était accroché à l'ancre, se voyait enlevé par le ballon, au moment où les deux Yankees jetaient du lest pour s'enlever.