Dès que le jour parut, nous allâmes voir ce que devenait notre cheval indompté. La bonne bête mangeait et ne parut pas trop s'effrayer de notre présence.
Il nous fallut deux jours de soins, de tentatives de toute sorte, pour dompter cette monture primitive. Bref, le troisième jour, Willie prit sur lui de compléter son éducation. Il sauta en selle et je le suivis à pied.
Pendant que nous cherchions à nous orienter pour retrouver nos amis, nous aperçûmes une troupe de cavaliers venant dans notre direction.
Étaient-ce des Indiens ennemis, ou bien nos compagnons? Nous ne pouvions le savoir. Heureusement que notre anxiété ne fut pas longue.
La plus grande inquiétude avait régné dans le camp, le soir de notre départ, quand on avait découvert que nous pouvions être englobés par le terrible incendie que l'on voyait à l'horizon. Une vingtaine de Sioux étaient montés à cheval; un de nos amis les avait suivis, et, après le troisième jour de recherches, ils nous avaient enfin découverts.
Nous étions sauvés.
Notre retour au milieu de nos confrères, sur les bords de la rivière des Pruniers, fut célébré par des cris de joie, car on n'avait pas cru possible que nous eussions pu échapper à la mort!
Une chasse en ballon.
Les Américains poussent l'excentricité au delà de toutes les limites: chasser du haut des wagons d'un Railway, attaquer les animaux sauvages dont la force est décuple de celle de l'homme, à l'aide de vêtements couverts extérieurement de pointes de fer,—comme qui dirait un hérisson,—faire avaler à des caïmans ou alligators des morceaux de chair contenant une cartouche explosible, qui communique à l'aide d'un fil de laiton avec une machine électrique mise en jeu de la hutte du chasseur. Tout cela est d'invention yankee.
Après tout ces tricks, qu'y a-t-il d'extraordinaire que nos voisins et alliés d'outre-océan aient inventé la chasse en ballon? Le tour est bien simple. Au lieu de monter en chemin de fer, on monte dans la nacelle d'un aérostat. A dire vrai, un ballon coûte plus qu'une place par la voie ferrée, mais un hardi Américain ne s'en tient pas à de pareilles bagatelles. Une spéculation de ce genre est une fantaisie qu'il se paie très volontiers.