A l'aspect de ce spectacle émouvant au suprême degré, mon ami et moi nous tendîmes la main, et nous pleurâmes en silence.

Nous nous trouvions dans une passe très-fâcheuse. Qu'était devenu mon cheval? Comment pourrions-nous regagner le campement?

En allant examiner l'endroit où ma vaillante bête s'était abattue, je vis remuer quelque chose à peu de distance. Je m'approchai et, à ma grande surprise, j'aperçus la tête d'un cheval bai-brun qui semblait sortir d'un bas-fond, tandis que son corps était enfoncé dans un fossé rempli de pierres. C'était un cheval sauvage, un étalon d'environ quatre ans, dont les flancs se soulevaient péniblement et qui ne parut pas s'apercevoir de ma présence. Magnifique pur sang, quoique dans un piteux état, l'animal semblait avoir été privé de la vue par la pluie de cendres qui avait passé au-dessus de sa tête.

Je courus immédiatement chercher dans l'anfractuosité du rocher le harnachement de mon cheval, et je bridai et sellai l'étalon sauvage, qui se trouvait dans un état d'épuisement tel qu'il n'offrit pas la moindre résistance.

Willie me laissait faire: le pauvre garçon semblait désespéré; il avait retrouvé le cadavre de mon cheval complètement calciné, et je lui fis comprendre, qu'à part le regret d'avoir perdu un bon serviteur, il ne fallait pas perdre courage. Celui que la Providence nous envoyait devait le remplacer avantageusement.

J'allai remplir d'eau mon chapeau de feutre, je ramassai une bonne gerbe d'herbes fraîches sur le bord de la fontaine, et après avoir arrosé la tête de l'animal je lui offris à manger. Mais il refusa de goûter à sa provende.

Willie m'aida à l'amener près du ruisseau, et nous l'attachâmes solidement au grand arbre à l'aide du lazzo que j'emportais toujours dans mes excursions de chasse.

Avant que la nuit fût venue, j'allai aux provisions. Il n'y avait qu'à choisir autour de nous. Je dépeçai un grand cerf de deux ans dont la chair me parut tendre, et nous en fîmes des grillades qui nous semblèrent d'autant meilleures que nous avions grand'-faim.

Notre souper terminé, nous nous arrangeâmes de notre mieux pour dormir, et nous nous fiâmes pour être avertis d'un danger—en cas qu'il survînt—sur notre pauvre chien,—que j'ai oublié,—lequel n'avait pas quitté les sabots de notre monture et s'était prudemment blotti au fin fond du rocher.

Toutefois, quand le péril avait cessé, il s'était montré et témoignait de sa joie par des aboiements multiples.