Malheureusement, comme cela arrive à Paris, le petit pifferaro était un de ces modèles de rencontre qui s'était présenté un matin chez lui, avec d'autres Italiens. Le sujet lui avait plu, et il avait demandé au chef de la bande de le lui amener dans son atelier, ce à quoi celui-ci avait consenti avec quelque difficulté.
Tout ce que le peintre V… L… savait, c'est que l'enfant s'appelait Ludovico, mais il ignorait son adresse, et depuis un an on ne l'avait plus revu dans le quartier Bréda.
Avec les renseignements très-bornés que lui avait donnés l'artiste, la comtesse alla demander une audience à M. Gigot, notre préfet de police; elle lui fut aussitôt accordée. Ce magistrat mit à sa disposition un agent très habile, avec lequel elle entra aussitôt en campagne.
Notre policier s'en alla dans le quartier Mouffetard fouiller tous ces bouges hideux où grouille la population des pifferari. Dans la rue des Boulangers, il amena un certain matin la comtesse, qui y trouva entassés pêle-mêle une douzaine de pifferari qui préludaient par leurs concerts discordants aux accords abominables qu'ils exhibaient le soir dans les brasseries et les cafés de la capitale.
Tous, rangés en cercle, le violon renversé, suivaient de l'oeil les mouvements du maître et s'étudiaient à reproduire les airs que celui-ci leur notait.
La comtesse n'eut pas besoin d'un long examen pour découvrir Pedro au milieu de ces petits virtuoses du pavé, tous sales et déguenillés.
Elle alla droit à lui, le prit dans ses bras et le tint longtemps embrassé, tandis que le policier procédait à l'arrestation du misérable logeur.
FIN
TABLE
Un tête-à-tête avec une Panthère.