—Beaucoup plus grave. Un homme se bat facilement avec un autre homme. Avec des femmes, avec des ennemis invisibles qui travaillent dans l’ombre, c’est impossible.
—Parle; je suis tout oreilles.
Le lieutenant-colonel Pinzon s’était tout de son long étendu sur le lit. Pepe Rey approcha une chaise et, le coude appuyé sur ce même lit et la tête sur la main, il commença sa conférence, sa consultation, son exposition de plan ou ce qu’on voudra, et parla très longtemps. Pinzon l’écoutait avec une profonde attention et sans dire un mot, à l’exception de quelques brèves questions relatives à certains faits ou à l’éclaircissement de quelques obscurités. Lorsque Pepe Rey cessa de parler, Pinzon était sérieux. Il se roula sur le lit en étirant ses membres avec les délicieuses contorsions de quelqu’un qui n’a pas dormi depuis trois nuits, et dit ensuite:
—Ton plan est fort compliqué, imprudent et d’exécution difficile.
—Mais non pas impossible.
—Oh! non; il n’y a rien d’impossible en ce monde. Réfléchis bien, cependant.
—J’ai bien réfléchi.
—Et tu es résolu à poursuivre l’exécution de ton plan? Songe que de pareilles choses ne se font pas communément. D’ordinaire elles réussissent mal et laissent celui qui les fait dans une assez mauvaise situation.
—Je suis bien décidé.
—Eh bien, en ce qui me concerne, et quoique l’affaire soit risquée et grave, très grave, je suis disposé à te venir en aide en tout et pour tout.