—J’ai quelque raison de penser que vos craintes ne sont pas vaines—dit Pinzon.—En cas de nécessité, je...

—Moi aussi, je...—répéta Jacinto.

Doña Perfecta avait fixé ses regards sur la porte vitrée de la salle à manger derrière laquelle apparaissait une gracieuse figure. Il semblait qu’à cette vue la sombre physionomie de la señora révélât des craintes encore plus sombres.

—Rosario, viens ici, Rosario—cria-t-elle en allant à sa rencontre.—Il me semble que tu as aujourd’hui meilleure mine et que tu parais plus joyeuse, oui... Ne vous semble-t-il pas aussi qu’elle a meilleure figure? Tu parais tout autre.

Tous les assistants convinrent que le visage de Rosario reflétait la plus grande félicité.

XXI.
LEVÉE DE BOUCLIERS.

Les journaux de Madrid publièrent à cette époque les nouvelles suivantes:

«Il n’est pas vrai qu’il se soit levé une seule guerilla dans les environs d’Orbajosa. On nous écrit de cette localité que le pays est si peu disposé aux aventures qu’on considère comme inutile sur ce point la présence de la brigade Batalla.»

«On dit que la brigade Batalla quittera Orbajosa qui ne manque pas de force armée, et qu’elle ira à Villajuan de Nahara où se sont montrées quelques guerillas.»

«Il est certain que les Aceros parcourent avec quelques cavaliers le territoire de Villajuan qui touche au district judiciaire d’Orbajosa. Le gouverneur de la province de X... a télégraphié au gouvernement que Francisco Acero a pénétré dans les Roquetas où il a levé un semestre de contributions et demandé des rations de vivres. Domingo Acero (Faltriquera) errait dans les montagnes du Jubileo, activement poursuivi par la guardia civil[28] qui lui a tué un homme et en a fait un autre prisonnier. C’est Bartolomé Acero qui, à Lugarnoble, a brûlé les registres de l’état-civil et emmené comme otages l’alcade et deux des principaux propriétaires.»