—Oh! non—répliqua sarcastiquement doña Perfecta.—Ne savez-vous pas que Ramos a donné sa parole au gouverneur?...

Caballuco se rassit et mettant une jambe sur l’autre croisa les mains sur son genou.

—Je préfère un poltron—ajouta implacablement la dame—à la condition qu’il n’ait donné de parole à personne. Je cours peut-être le danger de voir ma maison assiégée, de voir arracher de mes bras ma fille chérie, de me voir moi-même maltraitée et outragée de la façon la plus infâme...

Elle ne put continuer. La voix s’étrangla dans son gosier et elle fondit en larmes.

—Señora, pour l’amour de Dieu, calmez-vous!... Allons... il n’y a pas encore motif... dit vivement D. Inocencio d’un ton et d’un air profondément affligés.—Il faut d’ailleurs avoir un peu de résignation pour supporter les épreuves que Dieu nous envoie.

—Mais qui... señora? Qui oserait commettre de telles infamies?—demanda l’un des quatre assistants. Tout Orbajosa se lèverait immédiatement pour vous défendre.

—Oui, qui... qui?...—répétèrent-ils tous.

—Voyons, ne la fatiguez pas tous ainsi par des questions importunes—dit avec empressement le Penitenciario.—Vous pouvez vous retirer.

—Non, non, qu’ils restent—repartit vivement la señora en essuyant ses larmes. La compagnie de mes bons serviteurs est pour moi une grande consolation.

—Maudite soit ma race—dit le tio Lucas en se donnant un coup de poing sur le genou—si tous ces désagréments ne sont pas l’œuvre du neveu même de la señora.