—Lorsque tu l’auras fréquenté, tu verras...

—Que c’est un homme inestimable. Enfin, il suffit qu’il soit ton ami et celui de ta mère pour qu’il soit aussi le mien,—affirma le jeune homme. Et vient-il souvent ici?

—Tous les jours. Il nous tient beaucoup compagnie—répondit ingénument Rosarito.—Combien il est aimable et bon! Et comme il m’aime!

—Allons, il finira par m’aller ce señor-là.

—Il vient aussi le soir jouer au tresillo[19]—ajouta la jeune fille,—car il faut te dire qu’à la tombée de la nuit se réunissent ici plusieurs personnes: le juge du tribunal de première instance, le procureur du roi, le doyen, le secrétaire de l’évêque, l’alcade, le receveur des contributions, le neveu de D. Inocencio...

—Ah! Jacintito, l’avocat.

—Lui-même. C’est un pauvre garçon bon comme le bon pain. Son oncle l’adore. Depuis qu’il est sorti de l’Université avec son diplôme de docteur... car il a été reçu docteur dans deux ou trois facultés, et avec mention encore... sais-tu?... depuis lors, dis-je, son oncle l’amène très souvent ici. Maman l’aime beaucoup... C’est un jeune homme très rangé. Il se retire de bonne heure avec son oncle; jamais il ne va passer ses soirées au Casino[20]; il n’est ni joueur, ni dépensier et il travaille dans l’étude de Me Lorenzo Ruiz, qui est le premier avocat d’Orbajosa. On prétend qu’il deviendra un éloquent défenseur.

—Son oncle n’avait pas tort d’en faire l’éloge, dit Pepe. Je regrette d’avoir parlé des avocats comme je l’ai fait... N’est-ce pas, ma chère cousine, que j’ai été inconvenant?

—Allons donc, il me paraît que tu avais parfaitement raison.

—Mais là, vrai, n’ai-je pas été un peu...