c’est-à-dire, toutes les terres ne sont pas propres à porter tous les arbres, Sr. D. José, jusqu’au minutieux traité sur les abeilles dans lequel Virgile explique tout ce qui concerne ces savants petits insectes et définit ainsi le bourdon:
................ Ille horridus alte,
Desidia lactamque trahens inglorius alvum,
d’aspect horrible et indolent, traînant sans grâce son lourd ventre, Sr. D. José...
—Vous faites très bien de me traduire vos citations, dit Pepe en souriant,—car j’entends très peu le latin.
—Oh! les hommes du jour, comment pourraient-ils trouver quelque plaisir à étudier les anciens?—ajouta ironiquement le chanoine.—Les auteurs qui ont écrit en latin ne sont d’ailleurs que des hommes de rien, comme Virgile, Cicéron, Tite-Live. Moi, cependant, je suis d’un avis contraire, et j’en prends à témoin mon neveu, à qui j’ai enseigné cette langue sublime. Le fripon la connaît mieux que moi. Malheureusement, les lectures modernes la lui font oublier, et un beau jour il se trouvera être devenu un ignorant sans même sans douter. Car, Sr. D. José, mon neveu a une toquade pour les livres nouveaux et les théories extravagantes; il ne jure que par Flammarion et voit partout des mondes habités. Je me figure que vous allez vous entendre à merveille. Allons, Jacinto, il ne te reste plus qu’à prier ce caballero de t’enseigner les mathématiques transcendantes en même temps que de t’initier aux théories des philosophes allemands, et te voilà un homme complet.
Le bon ecclésiastique se mit lui-même à rire de ses propres saillies, tandis que, tout heureux de voir la conversation tomber sur un sujet qui était si fort à son goût, Jacinto s’excusa auprès de Pepe Rey, et de but en blanc s’écria:
—Dites-moi, Sr. D. José, que pensez-vous du darwinisme?
Notre jeune homme sourit à cette pédanterie intempestive et il aurait volontiers poussé le petit avocat à donner ample carrière à sa puérile vanité. Jugeant cependant plus prudent de ne se familiariser ni avec l’oncle ni avec le neveu, il répondit simplement:
—Je ne peux pas exprimer d’opinion sur les doctrines de Darwin parce que je les connais à peine. Les exigences de ma profession ne m’ont pas permis de me livrer à ces études.
—Eh bien—dit en riant le chanoine—elles se réduisent à ceci: que nous descendons des singes... Si cela s’appliquait seulement à certaines personnes que je connais, Darwin aurait raison.