—On dit que la théorie de la sélection naturelle—ajouta Jacinto avec emphase—a beaucoup de partisans en Allemagne.
—Je n’en doute pas—continua l’ecclésiastique.—En Allemagne on ne doit pas regretter que cette théorie soit vraie en ce qui concerne Bismarck.
Les quatre promeneurs se trouvèrent alors face à face avec doña Perfecta et le Sr. D. Cayetano qui arrivaient.
—Quelle belle soirée!—s’écria la señora. Eh! bien, mon neveu, comment cela va-t-il? t’ennuies-tu beaucoup?...
—Mais pas le moins du monde—répondit le jeune homme.
—Ne le nie pas. Cayetano et moi nous en causions en venant ici. Tu es ennuyé et tu t’efforces de le dissimuler. Tous les jeunes gens de notre époque n’ont pas, comme Jacinto, assez d’abnégation pour passer leur jeunesse dans une petite ville où il n’y a ni Théâtre-Royal, ni Bouffes, ni danseuses, ni philosophes, ni athénées, ni feuilles publiques, ni congrès, ni divertissements ou passe-temps d’aucune sorte.
—Je me trouve très bien ici—répondit Pepe.—Je disais tout à l’heure à Rosario que cette ville et cette maison me plaisent tant que je voudrais y vivre et y mourir.
Rosario devint écarlate et les autres gardèrent le silence.
Ils s’assirent tous sous un berceau de verdure, le neveu de monsieur le chanoine s’empressant de prendre place à gauche et tout près de la señorita.
—Écoute, mon neveu, j’ai à te prévenir d’une chose,—dit doña Perfecta avec cette suave expression de bonté qui émanait de son âme comme le parfum de la fleur.—Mais ne va pas croire que je te blâme ni que je veuille te faire la leçon; n’étant plus un enfant, tu comprendras facilement ma pensée.