—Non.

—Ce sera alors pour demain... Quoi qu’il en soit, je regrette que l’empressement du Sr. Licurgo m’ait privé du plaisir et de l’honneur de vous défendre, mais que voulez-vous... Licurgo m’a confié le soin de ses intérêts. J’étudierai cette affaire avec le plus grand soin. Ces diables de servitudes sont le grand écueil de la jurisprudence.

Lorsqu’il entra dans la salle à manger, Pepe était moralement dans le plus déplorable état. Il vit doña Perfecta causer avec le Penitenciario, tandis que Rosarito, seule, avait les yeux fixés sur la porte d’entrée. Elle attendait sans doute son cousin.

—Viens ici, bonne pièce,—dit la señora avec un sourire forcé.—Tu nous as fait de la peine, grand athée, mais nous te pardonnons. Je sais parfaitement que ma fille et moi sommes deux ignorantes incapables de nous élever jusqu’aux hautes régions des mathématiques dans lesquelles tu vis; mais enfin... il n’est pas encore impossible que tu te mettes quelque jour à genoux devant nous, pour nous prier de t’instruire dans la religion.

Pepe formula vaguement quelques phrases de politesse et de repentir.

—Pour ce qui me concerne—dit don Inocencio dont le regard s’emplit d’humilité et de douceur—si j’ai, dans le cours de cette vaine discussion, dit quelque mot qui ait pu blesser le Sr. D. José, je le supplie de me le pardonner. Nous sommes tous ici des amis.

—Merci. Ce n’est pas la peine...

—Malgré tout—indiqua doña Perfecta avec un sourire déjà plus naturel—je suis toujours la même pour mon cher neveu, et j’oublie ses extravagantes idées anti-religieuses... Devines-tu de quoi je songe à m’occuper ce soir?... De faire abandonner à l’entêté tio Licurgo le projet qu’il a de te causer des ennuis. Je l’ai fait prier de venir me parler, et il m’attend dans la galerie. Ne te mets pas en peine, je l’amènerai à composition, bien que je reconnaisse que ce n’est pas sans raison...

—Merci, mille fois merci, ma chère tante—répondit le jeune homme en sentant déborder le flot de générosité qui jaillissait si facilement de son cœur.

Tournant ses regards du côté où se trouvait sa cousine, Pepe Rey se disposait à l’aller rejoindre; mais quelques questions qui lui furent adressées par le perspicace Penitenciario le retinrent auprès de doña Perfecta. Rosario était triste, et écoutait avec une mélancolique indifférence les discours du petit avocat qui, en s’installant à ses côtés, s’était mis à débiter une longue kyrielle de phrases ennuyeuses assaisonnée de fastidieuses saillies et de banalités du plus mauvais goût.