—Sr. D. José de mon âme...
—Mon respectable ami, Sr. D. José...
A ces doucereuses insinuations, Pepe Rey exhalant un profond soupir, cessa de résister et se livra corps et âme à ses bourreaux qui exhibaient d’horribles feuilles de papier timbré, tandis que leur victime murmurait en levant les yeux au ciel avec une chrétienne résignation:
—O mon père, pourquoi m’as-tu abandonné?
XII.
CHEZ LES TROYA.
L’amour, l’amitié, une saine atmosphère morale facilement respirable, les joies de l’âme, la sympathie, un doux échange d’impressions et de pensées, voilà ce dont Pepe Rey avait un impérieux besoin. Lorsqu’il en était privé, les ombres dont son esprit était enveloppé s’épaississaient et l’amer mécontentement qu’il éprouvait se manifestait extérieurement dans sa manière d’être. Le jour qui suivit les scènes que nous avons rapportées dans le précédent chapitre, il fut plus affligé que jamais de la mystérieuse et déjà trop longue réclusion de sa cousine, motivée d’abord, semblait-il, par une indisposition sans gravité, et ensuite par des caprices et une irritabilité nerveuse difficilement explicables.
Rey s’étonnait de cette conduite si peu en harmonie avec l’idée qu’il s’était faite de Rosario. Quatre jours s’étaient écoulés sans qu’il lui eût été possible de la voir malgré son vif désir de se trouver auprès d’elle, et une telle situation lui paraissait devenir si intolérable en même temps que si étrange qu’il résolut fermement d’y mettre un terme.
—Ne verrai-je pas non plus aujourd’hui ma cousine? demanda-t-il d’un ton de mauvaise humeur à sa tante lorsqu’ils eurent fini de dîner.
—C’est encore impossible. Dieu sait combien je le regrette!... Je l’ai assez morigénée ce matin... Dans la soirée... nous verrons...
La pensée que cette injustifiable réclusion de sa cousine adorée était plutôt due à une circonstance qu’elle subissait douloureusement qu’à un acte de sa propre volonté le porta à se contenir et à attendre. Si cette pensée ne lui fût venue, il serait parti le jour même. Que Rosario l’aimât, c’est ce dont il ne doutait nullement; mais comme il était évident pour lui qu’une influence inconnue travaillait à les séparer, il lui semblait digne d’un homme de cœur de rechercher d’où pouvait provenir cette action malfaisante et d’employer à la combattre toute la puissance de sa volonté.