XIII.
UN CASUS BELLI.

Après avoir joué ce mauvais tour à l’usurier, elles entamèrent toutes les trois avec leurs deux visiteurs une conversation qui roula sur les faits et les personnes de la ville. L’ingénieur, craignant que leur espièglerie ne fût découverte pendant qu’il était encore là, voulut s’en aller, ce qui déplut fort à nos donzelles. L’une d’elles, qui était déjà sortie de la chambre, revint en disant:

—Suspiritos est déjà en train de ranger ses effets.

—D. José ne sera pas fâché de la voir—dit l’une des autres.

—C’est une très belle femme. Et qui se coiffe maintenant à l’instar des dames de Madrid.—Venez donc, messieurs.

Elles les conduisirent à la salle à manger (pièce qui ne servait que très rarement) donnant sur une terrasse où se trouvaient, avec quelques vases à fleurs, pas mal de meubles abandonnés et hors d’usage. Du haut de cette terrasse on apercevait, dans la cour d’une maison voisine, une galerie remplie de plantes grimpantes et de belles fleurs entretenues avec le plus grand soin. Tout indiquait que c’était là la demeure de gens modestes, rangés et laborieux.

Nos trois espiègles s’avançant jusqu’au bord de la plate-forme examinèrent attentivement la maison, puis, imposant silence aux jeunes gens, allèrent se placer dans un endroit abrité de tous les regards où elles ne risquaient pas d’être aperçues.

—Elle sort maintenant de la dépense avec un poêlon plein de pois chiches—dit Maria Juana en allongeant le cou afin de voir un peu.

—Pan!—s’écria une autre en lançant une petite pierre.

—Elles nous ont cassé un autre carreau, ces...