—Oui, peut-être même cette nuit...
—Mais, mon Dieu, comme tu es pressé!... Pourquoi n’attends-tu pas jusqu’à demain matin?... Voyons... Juan, allez dire au tio Licurgo de préparer le bidet... Je suppose que tu emporteras un peu de viande froide... Nicolaso!... le morceau de veau qui se trouve dans le buffet... Qu’on donne tout de suite ses effets au señorito.
—Non, je ne puis croire que vous preniez une si brusque détermination,—dit D. Cayetano qui se crut obligé de dire quelque chose.
—Mais, vous nous reviendrez, n’est-il pas vrai? demanda le chanoine.
—A quelle heure passe le train du matin?—demanda à son tour doña Perfecta dont les yeux réfléchissaient la fiévreuse impatience à laquelle elle était en proie.
—Si je pars... je partirai cette nuit même.
—Mais, il ne fait pas même clair de lune.
Dans l’âme de doña Perfecta, dans l’âme du Penitenciario, dans l’âme juvénile du petit docteur, résonnèrent, comme une céleste harmonie, ces dernières paroles: «cette nuit même.»
—Je suppose bien, mon cher Pepe, que tu reviendras... J’ai écrit aujourd’hui à ton père, à ton excellent père... s’écria doña Perfecta avec tous les symptômes physionomiques qui précèdent l’apparition d’une larme dans les yeux.
—Je vous chargerai de quelques commissions—dit le savant.