—Très sainte Vierge! Jamais je ne me serais doutée que j’avais toutes ces beautés.
—Toutes les femmes t’envient.... La main de Dieu t’a créée avec amour; les anges te louent avec leurs cithares....
—Saint Antoine béni!... Si tu veux que je croie tout cela, il faut que tu me fasses une faveur: mange ce que je te rapporte. Lorsque tu auras la barrique pleine, nous causerons, tu oublieras toutes ces lubies.»
Et, ce disant, elle sortait de son panier, pain, omelette, viande froide et une bouteille de vin. Elle énumérait ses provisions, espérant exciter son appétit, et comme argument final, elle lui dit:
«Si tu t’obstines à ne pas manger, je me sauve et tu ne me verras jamais plus. Laisse là ma bouche de roses, mes petits yeux pareils aux étoiles... et ensuite fais tout ce que je vais te prescrire: rentre à Madrid et retourne vivre dans ton petit logis comme avant.
—Si tu m’épouses, oui; sinon, non.
—Manges-tu ou ne manges-tu pas? Parce que je ne suis pas venue ici pour perdre mon temps à te faire des sermons, déclara Benina, mettant toute son énergie dans son accent. Si tu persistes à jeûner, je m’en vais à l’instant même.
—Mange, toi.
—Tous les deux. Je suis venue pour te voir et pour manger avec toi.
—Reste avec moi!