Et, attirant à lui l’instrument, il pinça les cordes et il en tira quelques sons tristes, accords sans concordance harmonique entre eux, et ensuite il se mit à chanter en langue arabe une étrange mélopée, accompagnée de sons secs et cadencés qu’il tirait de ces deux cordes. Benina écouta la cantilène avec un certain recueillement, bien qu’elle ne comprît rien aux paroles gutturales ni à la cadence des sons qui ne ressemblait en rien à ce qu’elle connaissait, mais elle sentait que cette musique procédait d’une intense mélancolie. L’aveugle balançait la tête sans s’arrêter, comme s’il eût voulu adresser les paroles aux différentes parties du ciel, et il prononçait certaines d’entre elles avec une véhémence et une ardeur qui dénotaient l’enthousiasme dont il était possédé.

«Bien, enfant, bien, lui dit la vieille, quand il eut terminé son chant. Ta musique m’a beaucoup touchée. Mais l’estomac me dit qu’à lui les couplets ne lui suffisent pas et qu’il préfère de bonnes tranches de jambon.

—Mange, toi..., moi je chanterai.... C’est manger pour moi que d’être avec toi.

—Tu t’alimentes en m’ayant près de toi? Jolie nourriture, vraiment!

—Moi, t’aimer!...

—Oui, aime-moi; mais tu dois tenir compte de ce que je suis ta mère et que je dois prendre soin de toi.

—Tu es bonne, tu es jolie.

—Ah! je t’en souhaite, que je suis jolie..., avec plus d’années que san Isidro, avec cette misère et cette figure!»

Non moins inspiré en parlant qu’en chantant, Almudena lui dit:

«Tu es comme l’oasis, l’ombre bienfaisante.... Ta taille est élancée comme les palmiers du désert.... Ta bouche, comme les roses.... Tes yeux brillent comme les étoiles du soir.