—Il mange notre pain, et dessus une belle tranche de jambon.

—Cessez, cessez! cria le boiteux, vendeur de la Semaine. Arrive qui arrive, il faut garder la circonspection.

—Oui, taisons-nous, taisons-nous, homme. C’est à voir.

—Est-ce que tu es Victor-Emmanuel, qui a fait taire le pape?

—Taisez-vous, dis-je, et ayez plus de religion.

—Religion, j’en ai, bien que je ne dîne pas avec la religion comme toi, car je vis en compagnie de la faim, et mon négoce consiste à vous voir recevoir et avaler les paquets de nourriture qu’on vous apporte des maisons riches.

—Pourtant nous ne sommes pas envieux, sais-tu, Élisée? et nous nous réjouissons de mourir d’épuisement, pour nous en aller en masse au ciel, tandis que toi....

—Moi, quoi?

—C’est à voir!... Peut-être es-tu riche, toi aussi, Élisée: ne nie pas que tu es riche... avec la Semaine et ce que te donne don Senen et M. le curé...; oui, nous savons, ce qui part et repart pour toi...; ce n’est pas pour murmurer, Dieu m’en préserve! Bénie soit notre sainte misère..., que le Seigneur augmente. Je le dis pour que cela te soit agréable.

«Quand la voiture me renversa dans la rue de la Lune..., ce fut le jour où ils reconduisirent ce Zorrilla..., comme je dis, je fus un mois et demi à l’hôpital, et quand je sortis, c’est toi qui, me voyant seule et désemparée, tu me dis: «Madame Flora, pourquoi ne vous mettez-vous pas à mendier à la porte d’une église, en laissant la vie vagabonde pour vous appuyer à la pierre de l’église? Venez avec moi et vous verrez comment on peut tirer sa journée, sans rouler par les rues et en vivant avec des pauvres décents.» C’est ce que tu me dis, Élisée, et je me mis à pleurer et je vins avec toi. C’est de là qu’est venue mon installation ici, et je suis bien reconnaissante de ta délicatesse et de ta conduite de caballero vis-à-vis de moi.