—C’est ainsi qu’il a dit, madame. Il est venu deux fois, et....

—Est-ce qu’il retourne de nouveau à Guadalajara?

—Il en est revenu hier soir. Il a à parler à doña Paca et il reviendra quand il pourra.»

Un épouvantable doute régnait dans l’esprit de Benina relativement à ce bienheureux prêtre, si ressemblant par nom et signalement au sien, à celui qui était la création de son cerveau, et elle pensait que, par un miracle de Dieu, la création de son imagination, pieux mensonge, né de tristes circonstances, cet être imaginaire avait pris le corps et l’âme d’une personne véritable.

«Enfin, nous verrons ce qui résultera de tout cela, se dit-elle en montant posément l’escalier. Bienvenu sera M. le curé, s’il nous apporte quelque chose.»

Et elle agitait de telle façon dans sa tête le mélange du réel et du mensonger, relatif au révérend prêtre de l’Alcarria, qu’une nuit où elle mendiait avec voile et lunettes, elle crut reconnaître dans une jeune dame, qui lui donnait dix centimes, la propre doña Patros, la nièce qui louchait un peu.

Doña Paca et Frasquito apportèrent, Dieu soit loué, la bonne nouvelle qu’Obdulia se rétablissait, quoique lentement.

«Écoute, Nina, lui dit la veuve, arrange-toi comme tu voudras, il faut que tu portes à Obdulia une bouteille d’amontillado. Tu verras si l’on veut encore te la donner à crédit à la boutique, et, si on te la refuse, trouve l’argent comme tu pourras, car ce qu’a surtout l’enfant, c’est de la faiblesse.»

L’autre ne dit rien contre cette nouvelle idée de magnificence, pour ne point heurter sa maîtresse, et se mit à préparer le souper. Elle demeura taciturne jusqu’à l’heure de son coucher et doña Paca se plaignit vivement de ce qu’elle ne lui causait pas comme les autres jours et qu’elle ne l’entretenait pas avec ses conversations amusantes. Elle prit force de sa fatigue même et, avec l’esprit plein de trouble, l’âme pleine de sombres présages, elle se mit à bavarder avec un grand flux de paroles, afin de bercer sa maîtresse de ses discours, comme de propos et de chansons de nature à appeler le sommeil.

XXX