—Que voulez-vous dire? Sans doute, madame doña Francisca, il y a dans tout cela une erreur qui se découvrira certainement en vous disant mon nom: Romualdo Cédron. J’ai occupé pendant vingt années la cure de Santa-Maria de Ronda, et je suis venu vous dire, chargé expressément de cette mission par les exécuteurs testamentaires, la dernière volonté de celui qui fut l’ami de mon cœur, Rafael Garcia de los Antrines, que Dieu ait son âme.»

Si doña Paca avait vu la terre s’entr’ouvrir et une légion de diables en sortir, et que, par en haut, le ciel en eût fait autant, donnant passage à un essaim d’anges, et que les deux cohortes se fussent réunies dans une immense phalange à la fois glorieuse et grotesque, elle n’aurait certes pas été frappée de plus d’étonnement et de confusion. Testament, héritage. Ce que disait le prêtre était-il bien vérité ou plaisanterie déplacée? Et celui qui était devant elle était-il en chair ou en os, ou bien un produit d’une hallucination de son esprit affaibli? Sa langue était collée au palais et elle regardait don Romualdo avec des yeux atterrés.

«Il n’y a nullement de quoi vous épouvanter, madame. Au contraire, j’ai la satisfaction d’annoncer à doña Francisca Juarez que le terme de ses souffrances est arrivé. Le Seigneur a été grandement touché de la bonne volonté et de la résignation que vous avez montrées, et il veut maintenant récompenser votre vertu en vous faisant sortir de la triste situation où vous avez vécu tant d’années.»

Les larmes de doña Paca coulaient à flots et elle ne pouvait prononcer une syllabe.

Son émotion, sa surprise et sa joie étaient telles que l’image de Benina sortit de son esprit comme si son absence et sa perte eussent remonté à plusieurs années en arrière.

«Je comprends, continua le bon curé, redressant son grand corps et rapprochant sa chaise de doña Paca pour lui toucher le bras avec sa main, je comprends votre bouleversement.... On ne saurait passer brusquement de l’infortune au bien-être sans ressentir une forte secousse. Le contraire serait pire. Et puisqu’il s’agit d’une chose importante qui doit occuper de préférence votre attention, parlons-en, madame, laissant pour plus tard cette autre affaire qui vous préoccupe.... Vous ne devez pas autant vous chagriner de la disparition de votre servante et amie.... Elle reviendra, soyez-en sûre!»

Cette phrase fit revenir à l’esprit de doña Paca l’idée de Nina et le souvenir de son incroyable absence. Notant dans le «elle reviendra» de don Romualdo une intention bienveillante et optimiste, elle eut la pensée que le bon prêtre après avoir réglé l’affaire principale qui l’avait amené, lui parlerait du cas de sa servante qui sans doute était sans gravité. Et promptement, avec un tour rapide de la girouette, l’esprit de la dame revint à l’héritage et elle s’y arrêta, laissant le reste dans l’oubli, et le bon curé, voyant l’anxiété où elle était d’être plus amplement informée, s’empressa de la satisfaire.

«Vous saurez sans doute que le pauvre Rafael est passé à meilleure vie le 11 février.

—Non, je ne le savais pas, non, monsieur. J’espère que Dieu lui aura accordé le repos.... Hélas!

—C’était un saint. Son unique erreur a été d’avoir le mariage en abomination, repoussant tous les excellents partis que nous, ses amis, nous lui offrions. Les dernières années, il les a passées dans une ferme appelée les Higueras de Juarez.