Un moment après, le vieux galant, mis au courant de sa participation dans l’héritage de son parent Rafael, se trouva tellement émotionné que, pour éviter de se trouver mal, il dut boire précipitamment toute l’eau que doña Francisca avait laissée dans son verre.

Il n’est point superflu de signaler maintenant la parfaite concordance entre la personne du prêtre et son nom de Cédron, car, pour la stature, la robustesse et la couleur, il pouvait bien être comparé à un cèdre opulent. Si l’on y regarde bien, en effet, il y a toujours entre les arbres et les hommes, en considérant leur caractère, une certaine concomitance et parenté. Le cèdre est de forte structure et pourtant beau, noble, d’un grain flexible, mais agréable et odorant. Ainsi était aussi don Romualdo: très grand, robuste, plutôt noir et, en même temps, excellente personne, d’une conduite inattaquable comme prêtre, chasseur, homme du monde dans la mesure où doit l’être un curé, d’un esprit calme, la parole persuasive, tolérant pour les faiblesses humaines, charitable, miséricordieux; en somme, il avait les procédés méthodiques et réguliers qui conviennent à quelqu’un dans une situation aisée. Habillé correctement, sans élégance exagérée, il fumait beaucoup d’excellents cigares, il mangeait et buvait autant qu’il était nécessaire pour entretenir sa forte ossature et sa musculature si développée. Des pieds et des mains énormes, en proportion avec le reste. Sa figure, plutôt grande et large, ne manquait pas de beauté par la proportion heureuse des lignes; beauté de pierre sculptée, si l’on veut, beauté à la Michel-Ange, pour décorer une imposte en soutenant dans sa bouche une guirlande de fleurs et de festons.

Entrant dans les détails que les deux héritiers brûlaient d’apprendre, Cédron leur donna les renseignements les plus détaillés sur le testament, renseignements que tant doña Paca que Ponte écoutèrent, comme bien l’on pense, avec la plus religieuse attention. Les exécuteurs testamentaires étaient D. Sandalio Maturana et le marquis de Guadalerce. Les dispositions en faveur des deux personnes présentes étaient les suivantes: à Obdulia et à Antonio il laissait le bien d’Amoraima, mais seulement en usufruit. Les exécuteurs testamentaires leur verseraient le produit de cette ferme qui, partagée en deux, reviendrait, à leur mort, à leurs héritiers. A doña Francisca et à Ponte il assignait une rente viagère, comme à beaucoup d’autres parents, avec des titres de rente de la Dette, qui constituaient une des principales richesses du testateur.

Entendant ces choses, Frasquito s’appliquait sur ses oreilles, sans se donner un instant de repos, les mèches trop noires de sa chevelure. Doña Francisca ne savait ce qui lui arrivait et croyait rêver, et, dans un accès de joie fébrile, elle se précipita dans l’antichambre, criant à tue-tête:

«Nina, Nina, viens et écoute: nous sommes riches; je te dis, nous ne sommes plus pauvres.»

Ce faisant, le souvenir de la disparition de sa servante lui revint à l’esprit et, se tournant du côté de Cédron, elle dit en sanglotant:

«Pardonnez-moi, je ne me rappelais plus que j’ai perdu la compagne de ma vie....

—Elle reviendra, répéta le curé, et aussi Frasquito, comme un écho.

—Oui, elle reviendra.

—Si elle était morte, indiqua doña Francisca, je crois vraiment que l’intensité de ma joie la ferait revivre.