—Oui, nous parlerons de cette dame, dit Cédron. Mais auparavant il convient de s’occuper de ce qui vous intéresse particulièrement. Les exécuteurs testamentaires, désireux que vous, comme monsieur, vous sortiez de votre situation très précaire, et cela pour des raisons qu’il n’y a pas lieu d’examiner, parce que c’est inutile, mais surtout parce que le testateur les y autorise, leur donnant tous pouvoirs à cet effet, ont décidé que, pendant que l’on mettra en règle tout ce qui concerne l’héritage, le payement des droits royaux, et cætera, et cætera, ils ont décidé, dis-je....»

Doña Paca et Frasquito, à force de retenir leur respiration pour écouter, étaient sur le point de suffoquer.

«Ils ont décidé, dis-je bien, ils ont décidé ou nous avons décidé..., comme cela peut durer encore deux mois..., de vous assigner la somme mensuelle de cinquante douros comme provision ou, si vous voulez, anticipation, jusqu’à ce que nous puissions déterminer le chiffre exact de la pension. Est-ce compris?

—Oui, monsieur, oui, monsieur, c’est compris, très bien compris, s’écrièrent-ils tous deux à l’unisson.

—Avant de pouvoir arriver à accomplir ce message auprès de vous, dit le prêtre, j’ai dû me livrer à un travail énorme pour découvrir où vous demeuriez; je crois bien avoir interrogé à ce sujet la moitié de Madrid..., et enfin..., ce n’est pas sans peine que je suis arrivé à trouver réunies dans cette maison les deux pièces que je poursuivais,—pardonnez-moi ce terme de chasseur,—et que je recherchais en me donnant beaucoup de mal depuis tant de jours!»

Doña Paca lui baisait la main droite et Frasquito la gauche, tous deux pleurant à chaudes larmes.

«Deux mois de votre pension courent déjà; maintenant nous allons nous mettre d’accord sur les formalités qui sont à remplir, afin que tous deux vous puissiez toucher régulièrement.»

Ponte croyait faire une ascension en ballon et il se retenait et se cramponnait aux bras du fauteuil comme un aéronaute au bord de la nacelle.

«Nous sommes à vos ordres, dit doña Francisca à haute voix, et à part elle: C’est impossible, c’est un rêve.»

L’idée pourtant que Nina ne connaissait pas le bonheur qui lui était arrivé troublait la joie qui inondait son âme.