—Sans teinture. Cela vous fait une bonne figure de vieux et respectable chevalier. Convenez qu’avec la teinture vous ne réussissiez pas à paraître jeune: ce à quoi vous ressemblez c’est à... un cercueil.

—Cher Antonio, répliqua Ponte, faisant un violent effort pour dissimuler sa colère et faire semblant de suivre la plaisanterie, il nous plaît, à nous autres vieux, de faire peur aux gamins pour qu’ils nous fichent la paix. Les enfants d’aujourd’hui, qui veulent avoir l’air de tout savoir, ne savent rien.»

Le pauvre monsieur enguignonné ne trouvait point d’autre réponse et sa bêtise excita Zapata qui continua à le mortifier en disant:

«Et maintenant que nous sommes en fonds, la première chose à faire c’est de mettre à la retraite notre sarcophage.

—Comment?

—Oui, ce chapeau haut de forme, que vous conservez pour les jours de fête, et qui date de la mode qu’on portait à l’époque où on a exécuté Riego.

—Vous n’entendez goutte aux questions de mode! Elles se renouvellent maintenant constamment et la mode d’avant-hier revient demain.

—C’est possible pour les vêtements, mais pour les personnes, ce qui est passé est bien passé. Il ne vous reste que les créneaux. Il ne vous reste que des boursouflures, il n’y a plus rien derrière. Ce qu’il y avait dessous vous est remonté à la tête et vous ne pensez plus qu’avec vos cors.»

Peu s’en fallut que la colère de Frasquito n’éclatât et qu’il ne jetât à la tête d’Antonio les plats, les verres et même la table, et ce serait arrivé, si Polidor n’avait point cherché à atténuer l’effet de ces mauvaises plaisanteries en disant d’un air conciliant:

«Tais-toi, espèce de fou, M. de Ponte n’est point encore entré à Ville-Vieille et il porte mieux ses années que nous.