—Il n’est pas vieux, non..., il date seulement de l’époque où Ferdinand VII portait un paletot.... Mais enfin, si cela l’offense, je me tairai.... Monsieur de Ponte, vous savez combien je vous aime et que si j’ai plaisanté, c’est uniquement pour passer le temps. Ne tenez aucun cas de ce que j’ai dit, cher maître, et parlons d’autre chose.
—Vos plaisanteries sont un peu impertinentes, dit Frasquito avec dignité, et, si vous voulez, irrespectueuses..., mais vous êtes un gamin et....
—C’est bien..., quittes..., on se tait. Mais je voudrais vous demander une chose respectable, monsieur de Ponte, à quoi comptez-vous employer les premiers sous de votre pension?
—A une œuvre de justice et de charité. J’achèterai une paire de bottines à Benina quand elle reparaîtra, si elle reparaît, ainsi qu’une robe neuve.
—Pour moi, je lui achèterai un vêtement d’odalisque, c’est le seul qui lui convient depuis qu’elle s’est dédiée à la vie mauresque.
—Que dites-vous? Est-ce que vous sauriez par hasard où est cet ange?
—Cet ange est au Pardo, qui est le Paradis où l’on reçoit les petits anges qui s’en vont mendier dans les rues sans permission.
—Mauvaise plaisanterie!
—Plaisanterie de la destinée, monsieur de Ponte! Je savais que la Nina se rendait souvent à la porte de San-Sebastian pour mendier quelques sous.... La nécessité est une terrible conseillère. La pauvre Nina faisait cela!... Mais je n’ai su qu’aujourd’hui qu’elle vivait avec un Maure aveugle et que de là est venue sa perdition.
—Êtes-vous sûr de ce que vous dites?