«Romualdo mensonge, déclara l’aveugle.

—Oui, oui, ce fut une invention de moi. Celui qui a apporté tant de richesses à ma maîtresse, c’est un autre, quelque don Romualdo de carnaval..., suggestion du démon.... Non, non, celui de carnaval c’est le mien.... Je ne sais plus rien, je ne comprends plus rien. Allons-nous-en, Almudena. Songeons que tu es malade, que tu as besoin de passer la nuit bien à l’abri. Mme Juliana, qui maintenant est chargée de couper le fromage dans la maison de ma maîtresse, et qui dirige tout..., je lui souhaite un grand bonheur..., m’a donné ce douro. Je vais te conduire aux palais de Bernarda et nous verrons demain.

—Demain nous irons à Jérusalem.

—Où as-tu dit? A Jérusalem? Où est-ce cela? Va là? Est-ce que tu aurais l’intention de m’emmener là, une supposition comme s’il s’agissait d’aller à Jetafe ou à Carabanchel de Abajo?

—Tout de suite, tout de suite.... tu m’épouseras, nous ne ferons plus qu’un. Nous irons à Marseille en mendiant tout le long du chemin.... A Marseille, nous prendrons le vapeur.... Pim, pam.... Jaffa.... Jérusalem!... Nous nous marierons dans ta religion ou dans la mienne. Comme tu voudras.... Tu verras le Saint-Sépulcre, moi j’entrerai à la synagogue pour prier Adonaï....

—Attends un peu et calme-toi et ne me donne pas le vertige avec toutes ces inventions de ton imagination en délire. La première chose à faire, c’est de te mettre en sûreté pour cette nuit.

—Moi, je suis bien.... Je n’ai pas de fièvre.... Moi très content. Tu viendras avec moi pour toujours, par le vaste monde, nous marcherons beaucoup..., la liberté, la mer, la terre et beaucoup de joie.

—C’est très bien, mais, pour l’instant, nous avons besoin de manger et nous allons entrer dans une taverne pour réparer nos forces, si tu veux, à la Cava Baja.

—Où tu voudras, toi, moi je voudrai.»

Ils soupèrent avec un certain plaisir et Almudena ne cessait d’énumérer les délices de s’en aller ensemble à Jérusalem, demandant l’aumône par terre et par mer, sans préoccupations et sans soucis. Cela durerait des mois, des années, mais ils finiraient bien par arriver en Palestine, dussent-ils aller par terre jusqu’à Constantinople, à pied. Il y avait beaucoup de beaux pays à traverser. Nina objectait qu’elle avait déjà les os un peu durs pour courir si loin, et l’Africain, ne sachant comment s’y prendre pour la convaincre, lui disait: