—Moi?

—Oui.... Votre Éminence Illustrissime a dit que la Benina avait fait danser l’anse du panier; ce qui n’est pas vrai, parce que si elle avait volé elle aurait de quoi et si elle avait de quoi elle ne mendierait pas; attrape.

—Tu n’es, toi, qu’une méchante langue.

—On ne condamne personne pour bavardage, mais pour cause de richesse exagérée, surtout quand on vient enlever l’aumône aux pauvres de bonne foi, à ceux qui ont faim et dorment à la belle étoile.

—Assez, nous sommes dans la maison de Dieu, mesdames, dit Élisée en frappant un coup avec sa béquille. Comportez-vous avec décence et respect les unes vis-à-vis des autres comme le commande la très sainte doctrine.»

Ces paroles ramenèrent le recueillement et la tranquillité que la véhémence de propos de quelques-unes avaient gravement compromis, et les tristes heures continuèrent à couler, partie en mendiant et gémissant, partie en priant et bâillant.

Maintenant il convient de dire que l’absence de la seña Benina et de l’aveugle Almudena n’était pas tout à fait accidentelle ce jour, et pour l’expliquer il est nécessaire de faire mention d’un fait dont il est indispensable de donner l’explication dans cette véridique histoire.

Ils partirent tous deux à quelques minutes d’intervalle, comme nous l’avons dit; mais comme l’ancienne s’attarda un petit instant à la grille, pour parler à Pulido, l’aveugle marocain la rejoignit et ils prirent ensemble le chemin des rues San-Sebastian et Atocha.

«Je me suis arrêtée à parler avec Pulido pour t’attendre, ami Almudena. J’ai besoin de te parler.»

Et, le prenant sous le bras avec une sollicitude câline, elle le fit passer d’un trottoir à l’autre. Ils gagnèrent rapidement la rue des Urosas et, s’arrêtant aux coins pour éviter les passants et les voitures, elle commença de lui parler ainsi: