—Je ne le connais pas, je le confondais avec Eugène Sue qui a écrit, si je m’en souviens bien, les Péchés capitaux et Notre-Dame de Paris.
—Vous voulez dire les Mystères de Paris.
—Parfaitement.... Aïe! je me suis trouvé malade, quand je lisais cette œuvre, de la grande impression qu’elle me produisit!
—Vous vous identifiiez sans doute avec les personnages et vous viviez leur vie.
—Exactement. Même chose m’est arrivée avec Maria ou la fille de l’ouvrier....»
En ce moment, Benina les vint avertir que la pitance était prête, et ils n’eurent que le temps de se jeter sur elle et de rendre les honneurs dus à la petite tourte au poisson et aux petites tranches de viande frite avec les pommes de terre. Maître de sa volonté dans tous les actes exigeant du décorum et du savoir-vivre, Ponte sut prendre empire sur ses nerfs afin de ne pas laisser paraître la férocité de la faim qui le dévorait depuis longtemps.
Benina, avec une assurance engageante, lui disait:
«Mangez, mangez, monsieur de Ponte; bien que ce ne soit pas une nourriture recherchée comme celle qu’on vous offre dans d’autres maisons, elle ne vous fera point mal.... Les temps sont durs.... Il faut regarder à tout....
—Madame Nina, répliquait le proto-cursi[2], je vous assure, je vous donne ma parole d’honneur que vous êtes un ange; j’incline à croire qu’un être bienfaisant et mystérieux, qui est une véritable personnification de la Providence, est incarné en vous, de la Providence comme l’entendent les peuples anciens et modernes.
—Dieu vous approuve, lui qui seul comprend les sottises gracieuses comme vous savez en dire!»