«La vie doit être très chère à Paris, lui dit son amie. Ah! monsieur de Ponte, ce n’est point plaisir à l’usage des pauvres gens.
—Non, non, vous vous trompez. Quand on sait s’arranger, on peut vivre comme on veut. Je dépensais de quatre à cinq napoléons par jour, et j’ai tout vu. J’avais vite appris à connaître les correspondances des omnibus et j’allais aux endroits les plus éloignés pour quelques sous. Il y a des restaurants bon marché où l’on vous sert pour peu d’argent de très bons plats. Il est vrai pourtant de dire qu’en honoraires, qu’ils appellent là-bas «pourboire», on dépense plus que le compte; mais croyez-moi, on le donne volontiers en se voyant traité avec tant d’amabilité. Vous n’entendez à chaque minute que le mot: pardon, pardon.
—Mais parmi les mille choses que vous avez vues, Ponte, vous oubliez le meilleur. N’avez-vous pas vu les grands hommes?
—Je dois vous le dire. Comme nous étions en été, les grands hommes étaient allés aux eaux. Victor Hugo, comme vous savez, était en exil.
—Et Lamartine, ne l’avez-vous point vu?
—Hélas! à cette époque, l’auteur de Graziella était mort. Un soir, les amis qui m’accompagnaient dans mes promenades me montrèrent la maison de Thiers, le grand historien, et ils me conduisirent au café où Paul de Kock avait coutume d’aller boire sa chope l’hiver.
—Celui des nouvelles pour faire rire? Il a de la grâce; mais ses indécences et ses cochonneries me sont fastidieuses.
—J’ai vu aussi le cordonnier qui faisait les bottes d’Octave Feuillet. Pour sûr que je m’en suis commandé une paire qui, ma foi, m’a bien coûté six napoléons: mais quelle façon, quel genre! Elles m’ont duré jusqu’à la mort de Prim!
—Cet Octave, de quoi est-il auteur?
—De Sibylle et autres œuvres charmantes.