—Cherche bien, patronne.
—Eh bien, j’ai deux bagues. Elles ne sont pas à moi; elles appartiennent au rey de Bastos, un ami de Rumaldo, qui les lui a confiées et que Rumaldo m’a données à garder.
—Eh bien....
—Si vous me donnez votre parole de les dégager dans huit jours et de me les rapporter, mais une parole formelle, Dieu sait, emportez-les.... Vous en retirerez certainement dix douros, car l’une d’elles a un brillant qui donne la cataracte rien qu’à le regarder.»
Elles n’en dirent pas davantage. Elles fermèrent soigneusement la porte, pour que personne ne pût les voir du couloir. Si quelqu’un avait pu écouter, il n’aurait entendu qu’ouvrir et fermer un tiroir de la commode, un chuchotement de Benina et une gargouillade de l’autre.
XXI
A peine les deux femmes étaient-elles revenues au chevet de Frasquito, toujours évanoui, que Comadréjà entra. C’était un gaillard de belle prestance, le teint et la figure de gitano; il portait un chapeau large et la taille bien serrée; la première chose qu’il dit, ce fut que le contaminé allait être conduit à l’hôpital. Benina protesta disant que la maladie de de Ponte était de celles qui exigent un traitement à la maison et en famille, que le conduire à l’hôpital ce serait certainement l’envoyer à la mort, et qu’ainsi il valait beaucoup mieux qu’elle le conduisît chez sa maîtresse, doña Francisca Juarez, laquelle, bien que sa situation fût très amoindrie, se trouvait encore, néanmoins, en situation de faire une charité en hébergeant son compatriote, M. de Ponte, auquel elle croyait, d’ailleurs, qu’elle était liée par une parenté éloignée. Sur ces entrefaites, le vieux galantin sortit de son évanouissement et, reconnaissant sa bienfaitrice, lui baisa les mains, l’appelant ange et je ne sais quoi encore, ravi de la voir à son côté. D’un geste impérieux, suivi d’une taloche, la Pitusa ordonna aux deux filles en guenilles d’aller à leurs affaires à la porte de la rue; le Comadréjà descendit pour servir sa clientèle; Benina et son amie, se trouvant seules avec le pauvre de Ponte, lui passèrent son habit et son paletot pour l’emmener.
«Ayez confiance, don Frasquito, lui dit la Benina; contez-nous pourquoi vous n’avez pas fait ce que je vous ai dit.
—Quoi donc, madame?
—Donner à Bernarda la piécette à compte sur les nuits dues..... Ou bien la piécette aurait-elle été dépensée à autre chose qui vous manquait, une supposition, en peinture pour arranger la physionomie de la moustache? Dans ce cas, je n’aurais rien à dire.