—Bien.
—Eh quoi! est-ce que vous voulez installer une maison pour faire la lessive? Sinon, pourquoi tant de trous?
—Taisez-vous, grandes bavardes! Allez avec Dieu!
—Et nous avons voiture. Plus que cela de luxe! On voit bien que nous courons le guilledou!
—Taisez-vous donc.... Vous feriez bien mieux de m’aider à le descendre et à le mettre en voiture.
—Certainement oui, de tout cœur.»
Ce fut un divertissement pour tous ceux de la maison et ceux du dehors. Ce fut un rude travail que de descendre Frasquito, en lui chantant des couplets comme pour son enterrement et lui disant mille plaisanteries s’appliquant tant à lui qu’à Benina qui, insensible aux quolibets de la vie canaille, monta en voiture portant dans ses bras le vieux cavalier andalou, comme s’il avait été un paquet de chiffons, tout en donnant l’ordre au cocher de descendre la rue Impériale et en lui recommandant de pousser son cheval.
Ce ne fut pas, comme on peut bien le supposer, une mince surprise pour doña Francisca de se voir apporter chez elle une sorte de moribond, transporté par Benina et un commissionnaire avec sa corde. La pauvre femme avait passé la soirée et une partie de la nuit dans une mortelle inquiétude et, à voir une chose aussi extravagante, elle croyait rêver ou elle pensait tout au moins qu’elle avait perdu la tête. Mais la servante avisée s’empressa de la tranquilliser en lui disant que ce n’était pas un cadavre, comme son aspect piteux pourrait le faire supposer, mais bien un malade très gravement atteint, M. don Frasquito de Ponte Delgado lui-même, natif d’Algeciras, qu’elle avait rencontré dans la rue, et, sans se perdre en plus longues explications sur cet événement extraordinaire, elle se mit à réconforter l’âme troublée de doña Paca, avec l’heureuse nouvelle qu’elle rapportait dans sa bourse neuf douros et demi, somme suffisante pour parer aux difficultés les plus urgentes et pouvoir respirer durant quelques jours.
«Ah! quel poids tu m’enlèves du cœur! s’écria la vieille dame en levant les bras au ciel.
—Que le Seigneur le bénisse! Nous voici en mesure de faire la charité à notre tour, dit-elle, pensant à ce malheureux. Tu vois, Dieu nous secourt sur un seul point, et en une seule occasion, et il nous donne de suite le moyen de secourir nous-mêmes. La faveur et son payement se suivent.