—Je suis dans le palais de la place del Angel? dit Ponte, examinant la pauvre alcôve avec des yeux extasiés.
—Oui, monsieur, couvrez-vous bien; restez bien tranquille, essayez de dormir. Plus tard, nous vous donnerons un bon bouillon, et en avant la santé!»
Elles le laissèrent seul, et Benina sortit de nouveau dans la rue, brûlant du désir d’aller fermer la bouche aux grossiers créanciers qui, avec leurs impertinentes réclamations, troublaient le repos de deux pauvres femmes. Elle se paya le plaisir de leur jeter à la face les douros qui leur étaient dus; elle fit d’amples provisions, passa par la rue de la Ruda et, avec son panier plein de nourriture, elle avait le cœur plein de joie, songeant qu’elle était libérée pour quelques jours de la honte de mendier, et elle rentra à la maison.
Avec une méthodique activité elle se mit à travailler à la cuisine, en compagnie de sa maîtresse qui, elle aussi, était souriante et joyeuse.
«Sais-tu ce qui m’est arrivé, dit-elle à Benina, pendant que tu as été dehors? J’ai fait un petit somme dans le fauteuil et j’ai rêvé que deux messieurs très graves, vêtus de noir, venaient me trouver. C’étaient Francisco Morquecho et don José-Maria Porcell, mes compatriotes, qui venaient m’annoncer la mort de don Pedro-José Garcia de los Antrines, oncle de mon mari.
—Pauvre monsieur! Il est mort? s’écria Benina avec toute son âme.
—Et ce don José qui est un des plus grands richards de la Serrania....
—Mais, dites-moi, est-ce que vous avez rêvé cela, ou bien est-ce que c’est vrai?
—Attends, femme. Ces deux messieurs, don Francisco et don José Maria, l’un médecin et l’autre secrétaire de la municipalité, étaient venus..., venaient pour me dire que le Garcia de los Antrines, propre neveu de son mari, les avait nommés exécuteurs testamentaires....
—Enfin....