En 1745, Franklin publia un mémoire sur les cheminées, qu'il avoit nouvellement inventées en Pensylvanie. Il fit connoître, d'une manière très-détaillée, les avantages et les désavantages des différentes cheminées, et il s'efforça de démontrer que les siennes méritoient d'être préférées à toutes les autres. Les poêles ouverts devinrent dès-lors d'un usage général: mais ils ne sont pas tout-à-fait construits conformément à ses principes, puisqu'ils n'ont point par derrière une boîte, par le moyen de laquelle l'air chaud soit rejeté dans l'appartement. Ces poêles ont, à la vérité, l'avantage de faire continuellement circuler la chaleur; de sorte qu'on a besoin de moins de chauffage pour entretenir la température dans un état convenable, sur-tout lorsque la chambre est assez close pour empêcher l'air extérieur d'entrer: mais ils peuvent aussi occasionner des rhumes, des maux de dents, et d'autres incommodités de ce genre.

Quoique pendant plusieurs années la physique fût le principal objet des études de Franklin, il ne s'y borna pas entièrement. En 1747, il fut élu, par la ville de Philadelphie, membre de l'assemblée générale de la province. Il y avoit alors beaucoup de dispute entre l'assemblée et les propriétaires[31]. Chaque parti défendoit ce qu'il croyoit être ses droits. Franklin, dès son enfance, ardent ami des droits de l'homme, se montra bientôt l'un des plus fermes opposans aux injustes projets des propriétaires. Il fut même regardé comme le chef de l'opposition; et ce fut à lui qu'on attribua la plupart des courageuses réponses que l'assemblée fit aux messages des gouverneurs.

Note 31: [(retour)] Les héritiers de William Penn.

Il acquit beaucoup d'influence dans l'assemblée: mais il ne dut point cette influence à une éloquence extraordinaire. Il ne parloit que rarement; et il ne fit jamais ce qu'on appelle un discours soigné. Il énonçoit communément une seule maxime, ou bien il racontoit un fait, un trait historique, dont la conséquence ne manquoit pas d'être saisie. Son extérieur étoit doux et prévenant. Sa méthode, en parlant comme en écrivant, étoit simple, sans art et singulièrement concise. Mais avec cette manière naturelle, sa sagacité et son jugement solide, il savoit confondre les plus éloquens et les plus subtils de ses adversaires, soutenir les opinions de ses amis, et entraîner les hommes impartiaux qui avoient été d'abord d'un avis différent du sien. Souvent une simple observation lui suffisoit pour détruire tout l'effet d'un long et élégant discours, et déterminer le sort d'une question importante.

Mais il ne se contentoit point de défendre ainsi les droits du peuple. Il vouloit les lui assurer d'une manière permanente. Pour cela, il savoit qu'il falloit en faire sentir tout le prix, et que le seul moyen d'y réussir étoit d'étendre l'instruction dans toutes les classes de la société.

L'on a déjà vu qu'il fut le fondateur d'une bibliothèque publique, qui contribua beaucoup à augmenter les connoissances des habitans de Philadelphie. Mais cette bibliothèque ne suffisoit pas. Les écoles étoient alors en général de très-peu d'utilité. Ceux qui les tenoient, n'avoient pas les qualités nécessaires pour remplir l'important devoir dont ils s'étoient chargés; et tout ce qu'on pouvoit attendre d'eux étoit de donner les principes d'une commune éducation anglaise. Franklin traça pour la ville de Philadelphie le plan d'un collége, tel qu'il devoit être dans un pays nouveau. Mais dans ce plan, comme dans tous ceux qu'il a faits, ses vues ne se bornoient pas à l'intérêt du moment. Il regardoit dans l'avenir l'époque où il faudroit étendre les bases de ses institutions. Il considéroit le collége de Philadelphie, comme une établissement qui deviendroit, avec le temps, un séminaire de savoir, plus étendu et plus analogue aux circonstances.

D'après son plan, les statuts du collége furent dressés et signés le 13 novembre 1749; et on y nomma, en qualité de curateurs, vingt-quatre des plus respectables citoyens de Philadelphie. Les principales personnes que Franklin consulta, et sur son plan, et sur le choix des curateurs, furent Thomas Hopkinson, Richard Peters, alors secrétaire de l'assemblée provinciale, Tench Francis, procureur-général, et le docteur Phineas Bond.

Nous allons citer un article des statuts, pour montrer que l'esprit de bienfaisance, qui l'a dicté, est digne d'imitation; et, pour l'honneur de Philadelphie, nous espérons qu'il continuera à être long-temps en vigueur.

«En cas que le recteur, ou quelque professeur devienne incapable de remplir sa place, soit par maladie, ou par quelqu'autre infirmité naturelle, qui peut le réduire à un état d'indigence, les curateurs auront le pouvoir de lui donner des secours proportionnés à ses besoins, à son mérite, ainsi qu'aux fonds qu'ils auront entre les mains.»

La dernière clause est exprimée d'une manière si tendre, si paternelle, qu'elle doit faire un honneur éternel à l'esprit et au cœur des fondateurs.