B. Franklin.
Codicile.
Moi, Benjamin Franklin, après avoir considéré le testament précédent, ou ci-joint, je crois à propos d'y ajouter le présent codicile.
L'un de mes anciens et invariables principes politiques, est que, dans un état démocratique, il ne doit point y avoir d'emploi lucratif, par les raisons détaillées dans un article que j'ai rédigé dans notre constitution; et lorsque j'ai accepté la place de président, mon intention a été d'en consacrer les honoraires à l'utilité publique. En conséquence, j'ai déjà légué, par mon testament du mois de juillet dernier, des sommes considérables aux colléges, et pour construire des églises. J'ai, de plus, donné deux mille livres sterlings à l'état de Pensylvanie, pour être employées à rendre le Skuylkil navigable. Mais apprenant depuis, que cette somme est très-insuffisante pour un pareil ouvrage, et que vraisemblablement l'entreprise n'aura pas lieu de long-temps, j'ai conçu une autre idée, que je crois d'une utilité plus étendue. Je révoque donc et annulle le legs qui devoit servir aux travaux du Skuylkil; et je désire qu'une partie des certificats, que j'ai pour ce qui m'est redû de mes honoraires de président, soit vendue pour produire deux mille livres sterlings, dont on disposera, comme je vais l'expliquer.
L'on pense que celui qui reçoit un bien de ses ancêtres, est, en quelque sorte, obligé de le transmettre à ses descendans. Certes, je ne suis point dans cette obligation, moi, à qui mes ancêtres ni aucun de mes parens n'ont jamais laissé un schelling d'héritage. J'observe ceci, pour que ma famille ne trouve pas mauvais que je fasse quelques legs, qui ne sont pas uniquement à son profit.
Né à Boston, dans la Nouvelle-Angleterre, je dois mes premières connoissances en littérature aux libres écoles de grammaire de cette ville: aussi ne les ai-je point oubliées dans mon testament.
Mais j'ai également des obligations à l'état de Massachusett, qui, sans que je l'aie demandé, m'a nommé son agent, pendant plusieurs années, et m'a accordé en conséquence des honoraires assez considérables. Quoiqu'en servant cet état, et en lui transmettant les lettres du gouverneur Hutchinson, j'aie perdu plus qu'il ne m'a jamais donné, je ne pense pas lui devoir moins de reconnoissance.
J'ai observé que parmi les artisans, les bons apprentis devenoient ordinairement de bons citoyens. J'ai moi-même, dans ma ville natale, commencé par apprendre le métier d'imprimeur; et ensuite j'ai eu la facilité de m'établir à Philadelphie, parce que deux amis m'ont prêté de l'argent, qui a été la base de ma fortune, et la cause de tout ce que j'ai pu faire d'utile dans le cours de ma vie.—Je désire de pouvoir être encore de quelqu'utilité après ma mort, en formant et soutenant des jeunes gens, qui rendent service à leur pays, dans les deux villes que je viens de nommer.