Je donne donc en dépôt mille livres sterlings aux habitans de Boston, dans l'état de Massachusett, et mille livres sterlings à ceux de Philadelphie, afin que ces sommes soient employées de la manière suivante.

Si les habitans de Boston acceptent les mille livres sterlings, elles seront confiées aux élus de cette ville et aux ministres de l'ancienne congrégation épiscopale et presbytérienne; et ces administrateurs en feront des prêts à cinq pour cent d'intérêt par an, à de jeunes artisans mariés, lesquels seront âgés de vingt-cinq ans, et auront appris leur métier dans la ville, et rempli fidèlement les obligations spécifiées dans leur contrat d'apprentissage, de manière à mériter qu'au moins deux citoyens respectables répondent de l'honnêteté de leur caractère, et leur servent de caution, pour le paiement de la somme qu'on leur prêtera, ainsi que des intérêts, avec les conditions ci-après spécifiées.

Le montant de tous les billets sera payable en piastres espagnoles cordonnées, ou en monnoie d'or courante; et les administrateurs tiendront un livre, ou des livres, où seront inscrits les noms de ceux qui profiteront de l'avantage de cette institution, ainsi que les noms de ceux qui leur serviront de caution, avec les sommes qui leur seront prêtées, les dates et tout ce qui y aura rapport. Comme ces prêts sont destinés à faciliter l'établissement des jeunes ouvriers qui se marieront, il faut que les administrateurs ne prêtent à une même personne ni plus de soixante livres sterlings, ni moins de quinze.

Et si le nombre de ceux qui feront des demandes étoit si considérable, que le legs ne suffît pas pour donner à tous ce qui leur seroit nécessaire, on fera une diminution générale, pour que chacun reçoive quelque secours.

Ces secours seront d'abord de peu de conséquence; mais à mesure que le capital grossira par l'accumulation des intérêts, ils deviendront plus considérables. Afin qu'on les multiplie, autant qu'il sera possible, et qu'on en rende le remboursement plus aisé, il faut que chaque emprunteur soit obligé de payer avec l'intérêt annuel, un dixième du principal; et le montant de cet intérêt et de ce principal sera prêté à de nouveaux emprunteurs.

Il est à croire qu'il y aura toujours à Boston des citoyens vertueux et bienfaisans, qui s'empresseront de consacrer une partie de leur temps à l'utilité publique, en administrant gratuitement cette institution. On doit aussi espérer qu'aucune partie de la somme ne restera jamais oisive, ni ne sera employée à d'autre objet que celui de sa destination première; mais bien qu'elle augmentera continuellement. Ainsi, il viendra un temps où elle sera plus considérable qu'il ne le faudra pour Boston; et alors, on pourra en prêter aux autres villes de l'état de Massachusett, pourvu qu'elles s'engagent à payer ponctuellement les intérêts, et à rembourser, chaque année, un dixième du principal aux habitans de Boston.

Si ce plan est exécuté et réussit, la somme s'élèvera, au bout de cent ans, à cent trente-un mille livres sterlings. Je désire qu'alors les administrateurs de la donation emploient cent mille livres sterlings à faire construire les ouvrages publics qu'on croira les plus généralement utiles, comme des fortifications, des ponts, des aqueducs, des bains publics; à paver les rues, et à tout ce qui peut rendre le séjour de la ville plus agréable aux habitans et aux étrangers qui viendront pour y rétablir leur santé, ou y passer quelque temps.

Je désire que les autres trente-un mille livres sterlings, soient prêtées à intérêt, de la manière ci-dessus prescrite, pendant cent ans encore; et j'espère qu'alors cette institution aura heureusement influé sur la conduite de la jeunesse, et aidé plusieurs estimables et utiles citoyens.

À la fin de ce second terme, s'il n'est arrivé aucun accident, la somme s'élèvera à quatre millions soixante-un mille livres sterlings, dont je laisse un million soixante-un mille livres sterlings à la disposition des habitans de Boston, et trois millions sterlings à la disposition du gouvernement de l'état de Massachusett, car je n'ose pas porter mes vues plus loin.

Je désire qu'on observe, pour le don que je fais aux habitans de Philadelphie, ce que je viens de recommander pour celui qui concerne les habitans de Boston. Il ne doit y avoir qu'une seule différence: c'est que comme Philadelphie a un corps administratif, je le prie de se charger de ma donation, pour en faire l'usage expliqué plus haut; et je lui donne tous les pouvoirs nécessaires à cet égard.—J'ai observé que le sol de la ville étant pavé ou couvert de maisons, la pluie étoit chariée loin, et ne pouvoit point pénétrer dans la terre, et renouveler et purifier les sources, ce qui est cause que l'eau des puits devient chaque jour plus mauvaise, et finira par ne pouvoir plus être bonne à boire, ainsi que je l'ai vu dans toutes les anciennes villes. Je recommande donc qu'au bout de cent ans, le corps administratif emploie une partie des cent mille livres sterlings, à faire conduire à Philadelphie, par le moyen de tuyaux, l'eau de Wissahickon-Creek[60], à moins que cela ne soit déjà fait. L'entreprise est, je crois, aisée, puisque la crique est beaucoup plus élevée que la ville, et qu'on peut y faire monter l'eau encore plus haut, en construisant une digue.