[Note 126: ][ (retour) ] Le Tehâfut d'Ibn Rochd, éd. de Boulaq, 1302 de l'hégire, p. 108.

L'erreur donc qui a fait traduire par orientale l'épithète contenue dans ce titre, est ancienne, puisqu'elle remonte à des disciples d'Avicenne qui auront voulu faire dévier sa doctrine dans le sens du paganisme chaldéen ou du mysticisme indien. Il est bien probable que ces disciples étaient des interprètes infidèles de leur maître. Rien ne nous autorise à croire que les grands écrits philosophiques d'Avicenne ne représentent pas sa pensée véritable, et que sa Philosophie illuminative ait contenu une doctrine autre que celle des traités mystiques que nous connaissons de lui. Un passage du bibliographe Hadji Khalfa explique très clairement et avec une entière vraisemblance, ce qu'il faut entendre par la philosophie de l'illumination (hikmet el-ichrâk). Il y a, dit-il [127], deux voies pour atteindre à la connaissance de l'auteur des choses. La première est celle de la spéculation et de l'argumentation. Ceux qui la suivent sont appelés théologiens (motakallimoun), s'ils croient à la révélation et s'ils s'y attachent, philosophes s'ils n'y croient pas ou s'ils en font plus ou moins abstraction. L'autre voie est celle des exercices de l'ascèse; on donne à ceux qui la suivent le nom de Soufis s'ils sont musulmans fidèles, et s'ils ne le sont pas on les appelle «les sages illuminés (el-hokamâ el-ichrâ-kïoun)». La philosophie illuminative tient dans les sciences philosophiques, au sens grec du mot, le même rang que le soufisme dans les sciences de l'islam. En d'autres termes, la philosophie illuminative est la mystique grecque; et Flügel n'a sans doute pas eu tort lorsque, traduisant le passage de Hadji Khalfa auquel nous venons de nous reporter, il a ajouté aux mots philosophie de l'illumination, philosophia illuminationis, cette glose: sive neoplatonica, ou néoplatonicienne [128].

[Note 127: ][ (retour) ] Hadji Khalfa, Lexicon biographicum, éd. et trad. G. Flügel, t. III, p. 87.

[Note 128: ][ (retour) ]intitulé la Philosophie illuminative, n° 2403; un autre intitulé Philosophie de l'illumination par Chehâb ed-Dîn es-Suhrawerdi, nos 2400-2402; un commentaire de ce dernier par Kotb ed-Din ech-Chîrâzi, n° 2426; un traité sur les Secrets de la philosophie illuminative par Abou Bekr l'Andalou, n° 2383. Fakhr ed-Din er-Râzi a écrit un Kitâb el-mebâhith el-mochrakïet, Livre des questions illuminatives, qui se trouve à Berlin, catalogue t. IV, p. 403, n° 5064.

Nous ajouterons quelques indications brèves sur les ouvrages médicaux d'Avicenne et ses écrits divers. Son fameux et énorme Canon de médecine, qui existe en manuscrit à Paris (nos 2885 à 2891) et ailleurs, a été édité en arabe à Rome, en 1593, et a eu en outre plusieurs éditions latines. Des chapitres d'Hippocrate sur la médecine, recensés par notre auteur, se trouvent à la bibliothèque de Sainte-Sophie (n° 3706). Un livre sur les Remèdes pour le cœur (el-adwiet el-kalbiet) existe à Sainte-Sophie (n° 3799, supplément), à la Nouri Osmanieh (n° 3456), à Leyde (n° 1330). Avicenne composa un certain nombre de poèmes sur la médecine, dont plusieurs qui sont du mètre radjaz, sont appelés à cause de cela ordjouzah; par exemple un long poème sur la Médecine, qui existe à la Bodléienne (n° 945) et à Leyde, un poème sur les Fièvres et les tumeurs (à la Bodléienne, même numéro), une ordjouzah sur les Ventouses (à Paris, n° 2562), l'Ordjouzah el-manzoumah qui se trouve à Sainte-Sophie (n° 3458) et plusieurs fois à Paris (nos 1176, 2992, 3038).

Notre auteur écrivit encore sur l'alchimie (risâlet fî'l-Kîmîâ) d'après Djouzdjâni [129];--sur la musique; un traité de musique sous son nom est conservé à la Bodléienne (n° 1026);--sur l'astronomie; un traité sur la Situation de la terre au milieu de l'univers, se trouve à la Bodléienne (n° 980) et est indiqué par Djouzdjâni comme ayant été composé pour Ahmed fils de Mohammed es-Sahli. A l'occasion des observations astronomiques que Alâ ed-Daoulah commanda au philosophe, celui-ci écrivit un chapitre sur un Instrument d'astronomie (fî âlat rasadiet). Avicenne abrégea Euclide et l'Almageste.

[Note 129: ][ (retour) ] Avicenne, au moyen âge, a été célèbre comme alchimiste. Il nous est tombé sous la main un recueil latin de traités d'alchimie intitulé: Turba philosophorum ou auriferæ artis, quam chemiam vocant, antiquissimi doctores, publié à Basle en 1572. Ce recueil contient deux traités attribués à Avicenne: Avicennæ tractatulus et De congelatione et conglutinatione lapidum.

Enfin l'on dut à Avicenne quelques morceaux de controverse ou de correspondance, dont les plus intéressants furent probablement ses réponses au fameux érudit et voyageur el-Bîrouni [130].

Comme poète persan, Avicenne a été étudié par l'orientaliste Ethé [131].

[Note 130: ][ (retour) ] Djouzdjâni cite une Réponse à dix questions d'el-Bîrouni, une autre Réponse à seize questions d'el-Bîrouni. Dans le même genre, il mentionne une Réponse d'Avicenne aux questions de son disciple Abou'l-Hasan Bahmaniâr, fils du Marzabân. La bibliothèque de Leyde possède, sous le n° 1476 du catalogue arabe, des lettres d'Avicenne à el-Bîrouni.--Abou Raïhan Mohammed fils d Ahmed el-Bîrouni naquit en 362, dans un faubourg de Khârizm aujourd'hui Khiva. Il fut d'abord le protégé à Khârizm de la maison de Mamoun, maison vassale de celle des Samanides; il vécut ensuite plusieurs années à Djordjân ou Hyrcania, au sud-est de la Caspienne, à la cour de l'émir Kâbous. Revenu dans son pays natal, il y fut témoin du meurtre de l'émir Mamoun et de la conquête de la contrée par Mahmoud le Ghaznéwide qui l'emmena en Afghanistan, en l'année 408. Il résida dès lors principalement à Ghazna, et il voyagea, surtout dans l'Inde. Sa mort arriva l'an 440. El-Bîrouni est très célèbre comme géographe, chronologiste, mathématicien, astronome, et pour sa grande connaissance de la littérature, des mœurs et des coutumes des Hindous.