En psychologie, nous rencontrons dans nos bibliothèques de très nombreux Traités de l'âme attribués à notre philosophe; il est difficile de savoir par ce seul titre si ces traités sont des extraits des ouvrages généraux sur la philosophie, notamment du Nadjât, ou s'ils sont des compositions indépendantes. Landauer a publié d'après un manuscrit de Leyde et un manuscrit de l'Ambrosienne de Milan, une psychologie d'Avicenne [120]; une ancienne traduction latine de ce traité, conservée à Florence, porte une dédicace au sultan Nouh fils de Mansour, ce qui indiquerait qu'il s'agit d'une œuvre de la jeunesse d'Avicenne. Un traité de l'Ame du philosophe, traduit en latin par André de Bellune, existe en manuscrit à la bibliothèque Bodléienne d'Oxford (II, nº 366), et a été imprimé avec d'autres opuscules d'Avicenne, à Venise, en 1546.--Dans la plupart des catalogues des bibliothèques de l'Europe on trouve des épîtres sur l'âme (risâlet fî'n-nefs), par exemple à Sainte-Sophie, nº 2052, à Leyde, 1464, 1467, etc., à l'Escurial, 656, 663, au British Museum (seconde partie du catalogue, page 209) et en d'autres lieux. Il existe d'Avicenne un petit poème sur l'âme (el-Kasîdah fî'n-nefs) qu'Ibn Abi Oseïbia a reproduit incomplètement à la suite de la vie du philosophe, et parmi d'autres fragments poétiques. Ce poème fut célèbre en Orient et plusieurs fois commenté; nous l'avons édité, traduit et analysé dans le Journal Asiatique [121]. El-Djouzdjâni cite en outre différents travaux psychologiques de notre auteur, tels que: les Vues sur l'âme (Monâzarât fî'n-nefs), controverse avec Abou Ali en-Neïsâbouri;--des Chapitres sur l'âme (fosoul fî'n-nefs);--et l'épître sur les facultés humaines et leurs perceptions (fî'l-Kowa el-insânïet wa drâkâtihâ) imprimée à Constantinople dans la collection des Resâil fî'l-hikmet.

[Note 120: ][ (retour) ] Die Psychologie des Ibn Sînâ dans Z. D. M. G., 1876, B. p. 335.

[Note 121: ][ (retour) ] La Kaçîdah d'Avicenne sur l'âme; J. As., 1899, t. II, p. 157.

Avicenne a peu écrit spécialement sur la morale. Une épître de lui sur les Mœurs (risâlet el-akhlâk) existe dans une bibliothèque de Constantinople [122].--Sa métaphysique est amplement développée dans ses traités généraux de philosophie, et ses écrits métaphysiques spéciaux sont rares et apparemment de faible importance.--En revanche ses écrits mystiques ont un intérêt assez considérable.

M. Mehren a étudié une série de traités mystiques d'Avicenne [123]: le Hây ben Yakzân qui fut composé dans la forteresse de Ferdadjân et qui eut beaucoup de célébrité au moyen âge; Aben Ezra l'imita;--le Traité de l'oiseau (risâlet el-taïr), commenté en persan par Safédji;--la Réfutation des astrologues;--le Traité sur l'amour;--le Traité sur le destin (risâlet el-kadr) qui fut composé sur le chemin d'Ispahan, lorsque le philosophe s'y rendit en fugitif après avoir quitté Hamadan.--Dans le même ordre d'idées, il convient de citer le mythe de Salâmân et d'Absâl, étudié, à la suite d'Avicenne, par Nasîr ed-Dîn et-Tousi [124];--un traité sur le Retour de l'âme (Kitâb el-maâd), composé à Rey pour Madjd ed-Daoulah,--et une Philosophie de la mort (hikmet el-maout) que le philosophe composa pour son frère et qui existe en persan au British Museum (Add. 16.659).

[Note 122: ][ (retour) ] Bibliothèque de Keuprili Mehemmed Pacha, nº 726 du Catalogue.

[Note 123: ][ (retour) ] Voici les titres des ouvrages de A. F. Mehren sur la mystique d'Avicenne.--L'oiseau, traité mystique d'Avicenne rendu littéralement en français et expliqué selon le commentaire persan de Sawedji, extrait du Muséon, Louvain, 1887.--L'allégorie mystique Hây ben Yaqzân, traduite et en partie commentée, extrait du Muséon, 1886.--Traités mystiques d'Abou Ali al-Hosaïn ben Abdallah ben Sina, texte arabe avec l'explication en français; Leyde: I. L'allégorie mystique Hây ben Yaqzân, 1889; II. Les trois dernières sections de l'ouvrage al-icharat wa-t-tan-bihat; indications et annotations sur la doctrine soufique, et le traité mystique et-tâir, l'oiseau, 1891; III. Traité sur l'amour; traité sur la nature de la prière; missive sur l'influence produite par la fréquentation des lieux saints et les prières que l'on y fait; traité sur la délivrance de la crainte de la mort, 1894; IV. Traité sur le destin, 1899.

[Note 124: ][ (retour) ] V. la collection des Resâil fî'l-hikmet.

Djouzdjâni et d'autres auteurs ont parlé d'un ouvrage d'Avicenne, qui doit être un ouvrage principalement mystique, avec l'air d'y attacher un grand prix. C'est celui que l'on nomme ordinairement la Philosophie orientale (el-hikmet el-machrakïet) et qu'il vaudrait sans doute mieux appeler la Philosophie illuminative (el-hikmet el-mochrikïet). Djouzdjâni dit que cet ouvrage ne se trouve pas au complet. Ibn Tofail en parle en ces termes dans son Hây ben Yakzân qu'il ne faut pas confondre avec celui d'Avicenne [125]: «Avicenne composa le Chifâ selon la doctrine des péripatéticiens; mais celui qui veut la vérité complète sans obscurité doit lire sa Philosophie illuminative.» Averroës en fait mention dans sa Destruction de la destruction à propos d'une discussion sur la nature de l'être premier: les disciples d'Avicenne, dit-il [126], pensent que «tel est le sens qu'il a indiqué dans sa Philosophie orientale; selon eux, il ne l'a appelée orientale que parce qu'elle contient les croyances des gens de l'Orient; la divinité était pour eux les corps célestes, etc.».

[Note 125: ][ (retour) ] Philosophus autodidacticus sive epistola Abi Jaafar ebn Tophai de Hai ebn Yokdhan, éd. et trad. E. Pocok, 2e éd. 1700, p. 18.