Tolle, aperi, recita, ne lœdas, claude, rapine!

ce qui, traduit librement, signifie: «Prends, ouvre, lis, n'abîme pas, referme, mais surtout mets en place!»

Punch, le Charivari d'Outre-Manche, en même temps qu'il incarne pour les Anglais notre Polichinelle et le Pulcinello des Italiens, résume à merveille la question. Voici, dit-il, «la tenue des livres enseignée en une leçon:—Ne les prêtez pas.»

VII

C'est qu'ils sont précieux, non pas tant par leur valeur intrinsèque,—bien que certains d'entre eux représentent plus que leur poids d'or,—que parce qu'on les aime, d'amour complexe peut-être, mais à coup sûr d'amour vrai.

«Accordez-moi, seigneur, disait un ancien (c'est Jules Janin qui rapporte ces paroles), une maison pleine de livres, un jardin plein de fleurs!—Voulez-vous, disait-il encore, un abrégé de toutes les misères humaines, regardez un malheureux qui vend ses livres: Bibliothecam vendat

Si le malheureux vend ses livres parce qu'il y est contraint, non pas par un caprice, une toquade de spéculation, une saute de goût, passant de la bibliophilie à l'iconophilie ou à la faïençomanie ou à tout autre dada frais éclos dans sa cervelle, ou encore sous le coup d'une passionnette irrésistible dont quelques mois auront bientôt usé l'éternité, comme il advint à Asselineau qui se défit de sa bibliothèque pour suivre une femme et qui peu après se défit de la femme pour se refaire une bibliothèque, si c'est, dis-je, par misère pure, il faut qu'il soit bien marqué par le destin et qu'il ait de triples galons dans l'armée des Pas-de-Chance, car les livres aiment ceux qui les aiment et, le plus souvent leur portent bonheur. Témoin, pour n'en citer qu'un, Grotius, qui s'échappa de prison en se mettant dans un coffre à livres, lequel faisait la navette entre sa maison et sa geôle, apportant et remportant les volumes qu'il avait obtenu de faire venir de la fameuse bibliothèque formée à grands frais et avec tant de soins, pour lui «et ses amis».

Richard de Bury, évêque de Durham et chancelier d'Angleterre, qui vivait au XIVe siècle, rapporte, dans son Philobiblon, des vers latins de John Salisbury, dont voici le sens:

Nul main que le fer a touchée n'est propre à manier les livres,

ni celui dont le cœur regarde l'or avec trop de joie;